09 novembre 2017

9h00-9h30 Melting Pop
Agnès Varda : “Je suis une petite reine dans la marge du cinéma”

Sur Europe 1, la réalisatrice évoque l’Oscar d’honneur qu’elle recevra dans quelques jours à Hollywood.

INTERVIEW

Le 11 novembre prochain, Agnès Varda recevra un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Une récompense qui vient saluer un parcours singulier, d’une trentaine de films en 60 ans de carrière. Jeudi matin, la réalisatrice était l’invitée exceptionnelle de Melting Pop, sur Europe 1.

“Je suis surprise surtout”, confie Agnès Varda lorsqu’on l’interroge sur cette récompense. “Qu’ils soient venus me chercher, ça me surprend. En même temps, ces Oscars d’honneur, ils vont chercher des gens qui ne sont pas le gros Hollywood, qui ne sont pas des gens à succès”, explique la réalisatrice de Cléo de 5 à 7, surtout touchée par le fait qu’on la “remarque”. “Je suis une petite reine dans la marge du cinéma”, déclare-t-elle pour se définir.

“Je n’ai jamais filmé des riches et des bourgeois”. Tout au long de sa carrière, Agnès Varda s’est intéressée aux personnes en marge, offrant des œuvres éclairantes au public. “Ma curiosité est pour les gens qui ne sont pas nantis. Je n’ai jamais filmé des riches et des bourgeois”, souligne la cinéaste. “J’ai plus envie de mettre en lumière des gens qui n’y sont pas, j’apprends beaucoup plus d’eux. On fait des documentaires pour s’approcher de ce que l’on ne connaît pas.”

Agnès Varda a débuté sa carrière cinématographique en 1955 avec La pointe courte. Aujourd’hui, elle est la seule personne encore vivante de la Nouvelle Vague avec Jean-Luc Godard. “Je continue à estimer que son travail est extraordinaire et je lui garde de l’affection”, confie Agnès Varda au sujet du réalisateur d’À bout de souffle. “Notre amitié n’est plus vivante (ils ne se voient plus, ndlr), mais elle est vivante dans mon cœur.”

“Dès que les hommes ont du pouvoir, ils oppressent les pauvres et les femmes”. Interrogée sur l’affaire Harvey Weinstein, Agnès Varda n’a pas mâché ses mots. “Tout à coup, c’est un grand cake médiatique. Mais c’est le cas depuis toujours”, déplore-t-elle. “Quand j’étais petite, dans les usines, on appelait ça le droit de cuissage”, se souvient la réalisatrice. “Dès que les hommes ont du pouvoir, ils oppressent les pauvres et les femmes. Des cochons, il y en a dans toutes les catégories.”

Selon Agnès Varda, cette affaire, et la libération de la parole qui a suivi, devrait avoir “quelques effets”, même si elle constate une “sourde complicité de la société”. “Moi, je suis toujours restée en colère, j’ai toujours été féministe”, conclut-elle.