26 octobre 2017


Amiante : un non-lieu requis dans le dossier Eternit, ouvert en 1996

Plus de vingt ans après le dépôt de la première plainte contre cette entreprise d’amiante, la procureur estime qu’il est impossible de déterminer précisément qui est coupable, pour des questions de datation.

INFO EUROPE 1

C’est un dossier emblématique. En 1996, l’entreprise Eternit, spécialisée dans la transformation de l’amiante, était visée par la toute première plainte contre ce matériau, très utilisé dans le secteur du bâtiment car très bon isolant mais qui, à terme, pourrait causer la mort de plus de 100.000 personnes d’ici 2025. Vingt-et-un ans après le début de la procédure, le parquet de Paris vient de demander un non-lieu pour les différents responsables d’Eternit, selon une information d’Europe 1. Il revient désormais à la juge d’instruction de décider s’il y aura procès ou pas. Ces réquisitions, bien qu’attendues, n’ont pas manqué de faire bondir les victimes.

Un problème de datation et de responsabilité. Le dossier Eternit, c’est d’abord une histoire d’hommes, morts d’avoir travaillé au contact de l’amiante, comme dans l’usine de Thian, dans le Nord. Mais l’affaire s’est transformée en bataille juridique autour d’une expertise scientifique rendue il y a quelques mois. Dans un document de 75 pages, la procureure soutient que les anciens salariés ont bien succombé aux effets de l’amiante : cancers de la plèvre, plaques pleurales, etc. Le problème, c’est le délai entre l’exposition et la maladie – entre 15 et 40 ans selon les cas – qui, pour la magistrate, empêche de dater la faute initiale et donc de déterminer qui est précisément coupable.

Période d’intoxication. “C’est comme si, en matière de tabac, on essayait de savoir quelle est la cigarette qui, précisément, a donné le cancer broncho-pulmonaire à un fumeur !”, s’indigne de son côté Sylvie Topaloff, avocate de victimes d’Eternit. “Evidemment, on ne peut pas le dire, et c’est une accumulation de ce produit toxique qui entraîne le risque de cancer. De la même façon en matière d’amiante, c’est toute la période où l’ouvrier est exposé qui est la période d’intoxication”.

Une dizaine de dossiers toujours dans les couloirs de la justice. Les défenseurs des victimes réclament une responsabilité collective pour les dirigeants qui se sont succédé dans les années 1970 et 1980. Impossible en droit pénal, explique le parquet. Chacun le sait aujourd’hui : plus d’une dizaine de dossiers comme ceux de Jussieu ou de la Normed sont menacés des mêmes conclusions.