05 décembre 2017

Europe 1 Midi
Antoine Gallimard sur Jean d’Ormesson : “Son écriture était une promesse de bonheur”

Au micro d’Europe 1, l’éditeur Antoine Gallimard loue la malice et la générosité de Jean d’Ormesson, écrivain heureux mais homme soucieux de la trace qu’il pourrait laisser après sa mort.

“Vous ne savez pas ? J’ai une bonne nouvelle, Antoine Gallimard voulait me voir. J’ai compris que c’était un peu urgent. Je l’ai vu la semaine dernière et il m’a annoncé qu’il allait me publier dans La Pléiade”, confiait Jean d’Ormesson au Figaro, en février 2014, avant d’entrer dans la célèbre collection littéraire 14 mois plus tard. L’académicien, dont l’écriture était “une promesse de bonheur” pour Antoine Gallimard, est mort dans la nuit de lundi à mardi. “Il va énormément nous manquer”, témoigne sur Europe 1 son éditeur.

Dernière conversation la semaine dernière. Car s’il y a une personne qui connaissait l’écrivain Jean d’Ormesson, c’était bien lui. Antoine Gallimard, 70 ans, lui avait encore parlé la semaine dernière. “On parlait du bonheur de vivre, de l’Académie. Je lui disais ‘Jean, vous avez ouvert la porte à la première femme [Marguerite Yourcenar en 1981, NDLR]. Il m’a dit ‘il faudrait qu’elles soient maintenant beaucoup plus nombreuses’.”

ANTOINE GALLIMARD, ÉDITEUR

“Il s’inquiétait de savoir si c’était un vrai et un grand écrivain. ‘Peut-être qu’avec la Pléïade, j’ai une petite chance’, disait-il”

“Il s’inquiétait de savoir si c’était un grand écrivain”. La malice, il l’aura eue “jusqu’au bout”, témoigne l’éditeur, qui se souvient encore de sa réponse lorsqu’il lui a annoncé qu’il entrait dans La Pléïade : “Il s’inquiétait de savoir si c’était un vrai et un grand écrivain. ‘Peut-être qu’avec la Pléïade, j’ai une petite chance’, disait-il. Il m’a regardé de ses beaux yeux, avec son beau sourire, et m’a dit ‘merci’.”

Un nouveau livre publié en 2018. L’oeuvre de d’Ormesson n’est pas achevée pour autant : “Nous allons publier en début d’année prochaine son dernier conte philosophique, Et moi je vis toujours, pour essayer de comprendre ce qu’il y a derrière la mort”, explique-t-il, louant “une invitation à trouver autre chose et à comprendre ensemble quelle est notre humanité, sans pleurer” dans le style de Jean d’Ormesson. “Son oeuvre littéraire peut se diviser en deux partie. La première c’est plus une oeuvre marquée par ce qu’il connait, ce qu’il traverse, les roses et les épines. Ensuite, il est beaucoup plus métaphysicien, il voit les hommes, versant plus dans l’inquiétude de l’âme que dans la recherche du bonheur”, évoque l’éditeur, attristé mais heureux d’avoir côtoyé “l’homme le plus généreux de ses amis”.