29 janvier 2019

7h45 - L'interview de Nikos Aliagas
Bilal Hassani : “Au collège, on me collait une étiquette que je ne m’étais même pas mise moi-même”

Bilal Hassani, qui représentera la France à l’Eurovision en mai, a subi pendant toute la période du collège le harcèlement moral de ses camarades quant à son homosexualité. 
 
INTERVIEW

Aujourd’hui auréolé et prêt à défendre la France au grand concours de l’EurovisionBilal Hassani est aussi la cible sur les réseaux sociaux d’injures homophobes et de menaces. L’artiste de 19 ans s’est blindé il y a longtemps déjà. Au collège, il avait déjà fait l’objet de harcèlement, comme il l’a expliqué à Nikos Aliagas, mardi matin sur Europe 1.

“On me disait : ‘T’es gay'”. “L’école primaire et le lycée se sont très bien passés, c’est le collège qui était vraiment difficile. Les élèves sont moins gentils”, glisse d’abord Bilal Hassani. “Ça a commencé avant que je me rende compte de quoi que ce soit par rapport à ma propre personne, et on me disait qui j’étais. On me harcelait, on m’insultait. On me disait ‘T’es gay !’, et je leur répondais ‘mais je n’en sais rien, j’ai 12 ans, laissez-moi tranquille’. Et c’était difficile à vivre. Pendant toutes les années au collège, on me collait une étiquette que je ne m’étais même pas mis moi-même à la base”, raconte-t-il.

Le ministère de l’Education vient de lancer une nouvelle campagne de lutte contre l’homophobie et la transphobie à l’école. À son époque déjà, Bilal Hassani se souvient d’affiches de ce type placardées sur les murs de son collège. “Mais je n’avais pas l’impression qu’il y avait spécialement un impact sur le comportement des élèves. Mais là, j’en entends beaucoup parler et j’espère que ça va résonner auprès des jeunes.”

“Aucune réaction négative” après The Voice Kids. Arrivé au lycée, le harcèlement que subissait Bilal s’est tari. Puis, à 15 ans, il s’est lancé dans l’aventure The Voice Kids. Alors que la diffusion de l’émission approchait, le jeune chanteur a craint que les brimades ne reprennent de plus belle. “J’avais peur que ce soit comme au collège et que les gens soient vraiment malveillants. Mais ça s’est trop bien passé, il n’y avait que du positif. Alors que j’ai repris Rise like a phoenix de Conchita Wurst lors de mon audition à l’aveugle. C’est un choix de chanson qui aurait pu faire polémique. Je disais bien que j’étais fan de Beyoncé. Et il n’y avait presque aucune réaction négative ou question sur mon identité sexuelle”, se réjouit-il.

“Je ne suis pas dans la provocation”. Aujourd’hui, devenu star des réseaux sociaux, Bilal Hassani subit concomitamment aussi un déferlement de haine de la part de certains internautes, notamment pour ses looks, ses coiffures et son maquillage. Le jeune homme assume. “Maintenant, j’ai des perruques, mais je ne suis pas non plus dans la provocation. C’est un look. Il y a des gens qui ont des looks qui leur appartiennent et personne ne leur dit quoi que ce soit par rapport à ça”, souligne-t-il.

Le soutien sans faille d’Amina, sa mère. Dans ce combat contre l’intolérance et le harcèlement, Bilal peut compter sur sa mère Amina, un soutien sans faille depuis toujours. Invitée dans le studio d’Europe 1 par Nikos Aliagas, elle confie : “Je le protège en lui disant tous les jours que je l’aime, que le plus important dans ma vie c’est son bonheur.” “Quand il a subi une campagne de ‘haters’ (des harceleurs sur Internet, ndlr) le 13 novembre, j’étais triste et nous l’avons montré. C’est pour ça que nous avons porté plainte. Il faut rappeler que nous vivons dans un pays où il y a des lois qui interdisent le harcèlement en public ou sur les réseaux sociaux”, appuie la mère de Bilal.

“Si je peux me permettre un conseil aux parents, c’est de toujours prouver votre amour à vos enfants. Car quand un enfant s’en prend plein la tête toute la journée au collège ou au lycée, quand il rentre, même si vous êtes fatigué, prenez 30 secondes pour lui dire que vous l’aimez tel qu’il est.”