21 février 2018

Europe Matin
“Détenues” : l’exposition photo de Bettina Rheims sur “ces femmes que la société ne veut pas voir”

Du 9 février au 30 avril, au château de Vincennes, à côté de Paris, la photographe française expose une série de portraits de femmes détenues.

INTERVIEW

Un prénom, la ville où elles sont détenues, la date de la photo et puis des visages, un corps. “Détenues”, la nouvelle exposition de Bettina Rheims, est une série de portraits de femmes emprisonnées, visible du 9 février au 30 avril, au château de Vincennes à côté de Paris. Des photos fortes, également publiées chez Gallimard, depuis le début du mois de février. “J’ai l’impression que les gens ne veulent pas voir une femme en prison”, explique la photographe dans Europe matin, “que l’image de la prison dans la pensée collective est rattachée aux hommes”. Alors Bettina Rheims a voulu montrer le contraire.

“Elles sont seules”. Au micro de Patrick Cohen, Bettina Rheims explique plus en détail sa démarche. “Ce sont des femmes qui sont laissées de côté, que la société ne veut pas voir. (…) Elles vivent 23 heures sur 24 dans leur cellule, parquées au fond des prisons pour hommes. Elles sont seules, abandonnées de leur famille qui ne viennent plus”, détaille l’artiste. La photographe a surtout photographié des femmes emprisonnées pour de longues peines, sans jamais donner le détail du pourquoi de leur incarcération.

Expliquer pour convaincre. Pour les convaincre de poser devant son appareil, à visage découvert, Bettina Rheims a d’abord beaucoup lu sur le sujet et ensuite, elle est allée à leur rencontre. “Je suis allée leur montrer mon travail dans une sorte de grande salle de classe : j’ai projeté mes photographies”, raconte l’artiste, puis elle leur a expliqué le projet en détail. “Je leur ai dit : ‘je ne peux pas vous faire sortir d’ici, mais je peux, peut-être, vous offrir une petite fenêtre et une image de vous qui rétablira quelque chose de cette dignité, que vous dites toutes avoir perdu'”, se souvient Bettina Rheims. Un travail qui s’inscrit dans la démarche globale de la photographe, qui questionne depuis des années la représentation des femmes et de la féminité dans la société.