06 septembre 2017

9h30-10h - Village Médias
Elise Lucet : “Le sentiment que l’Azerbaïdjan voulait exporter la censure en France”

Attaquée en diffamation par l’Azerbaïdjan pour avoir qualifié ce pays de dictature dans “Cash Investigation”, la journaliste Elise Lucet se défend sur Europe 1.

INTERVIEW

Pugnace, Elise Lucet reste droite dans ses bottes. La journaliste de Cash Investigation et son confrère Laurent Richard ont été attaqués en diffamation par l’Etat d’Azerbaïdjan, qu’ils avaient qualifié de “dictature” dans une enquête diffusée le 7 septembre 2015 sur le business des voyages présidentiels.

Une première. L’audience a démarré mardi au tribunal correctionnel de Nanterre. “C’était très impressionnant, car il y a un enjeu très fort dans ce procès. C’est la première fois qu’un Etat étranger poursuit deux journalistes français pour diffamation, en France, pays de la liberté d’expression et de la liberté de la presse”, souligne Elise Lucet, invitée de Village médias sur Europe 1, mercredi. “On a eu le sentiment que l’Etat de l’Azerbaïdjan voulait exporter en France la censure qui a lieu là-bas”, alerte-t-elle.

Publicité
IFrame

“Un enjeu pour la presse française”. Dans cette enquête, les journalistes du magazine de France 2 se sont penchés sur la situation des droits de l’homme dans ce pays du Caucase. Dans le lancement, Elise Lucet emploie le mot “dictature”, “l’une des plus féroces au monde”. “C’est un enjeu pour Laurent Richard et moi, mais aussi pour la presse française tout court. Est-ce que oui ou non la Corée du Nord ou la Turquie vont pouvoir attaquer les journalistes français qui vont qualifier de dictatures ces pays. Si le tribunal donne raison à l’Azerbaïdjan, ce sera le cas”, prévient l’ancienne présentatrice du 20 Heures.

Toutes les caractéristiques d’une dictature. Devant le tribunal correctionnel de Nanterre, Elise Lucet et Laurent Richard ont dû attester du bien-fondé de l’emploi du mot “dictature” dans le lancement de leur sujet. “Ce lancement a été écrit après un an d’enquête, et chaque mot était pesé. Si on a écrit cette phrase, c’est parce qu’on a vérifié ce qui, journalistiquement, nous mène à penser qu’il s’agit d’une dictature”, fait valoir Elise Lucet, qui interroge : “Est-ce que oui ou non le pays est dirigé par un clan ? La réponse est oui. Est-ce que l’opposition est libre ? La réponse est non. Est-ce que la presse est libre ? La réponse est non. Est-ce que les élections sont entachées d’irrégularités ? La réponse est oui. Quand vous avez tous ces éléments en main, journalistiquement, vous pouvez effectivement qualifier ce pays de dictature”.