6 juin 2019

Matinale spéciale- Matthieu Belliard 7h à 9h
EXCLUSIF – “On doit être prêts à aller jusqu’au bout” : deux futurs commandos marine se confient

Maël et Steven ont 22 et 25 ans. Jeudi, le meilleur d’entre eux recevra son béret vert et son badge des mains d’Emmanuel Macron, sur la plage de Ouistreham. L’aboutissement d’un long parcours. 
 
EXCLUSIF

Même pour répondre à nos questions, ils se présentent avec le visage camouflé de peinture. En exclusivité, Europe 1 a pu interroger le Matelot Maël*, 22 ans, le Second-maître Steven*, 25 ans, deux camarades achevant leur stage pour devenir commando marine, ainsi que leur instructeur, le Maître Laurent*, 35 ans. Jeudi, l’un des deux premiers sera désigné major de la promotion d’élite qui ne compte, au terme de douze semaines, plus que 14 jeunes hommes – pour plus de 120 candidats au départ. Il aura la chance de recevoir son béret vert et son insigne par Emmanuel Macron à Ouistreham, sur les plages du débarquement

Pourquoi avoir choisi de devenir commando marine ? 

Maël : Pour défendre mon pays. Dans ma famille, il n’y a aucun militaire, mes deux parents sont infirmiers. J’ai choisi à la fin du collège de m’orienter dans les métiers des forces spéciales, puis il m’a fallu au moins un an et demi pour m’orienter dans les commandos marine, pour savoir que c’était là où je voulais aller. [Pourquoi ?] À cause de l’histoire des fusiliers marins et des commandos, et de toute la partie nautique. J’ai grandi dans le Finistère. L’eau, c’est un des éléments principaux, on n’est pas l’armée de terre. Il faut beaucoup s’entraîner pour réussir, on en a conscience au moment où on s’engage. 

On regarde ces images des commandos marine, et on en fait vite une fixette

Steven : Pour défendre ma patrie, la France. Faire de ce pays un pays sûr, pour que ma famille et mes amis puissent y vivre paisiblement et que nous puissions accomplir notre devoir. Je suis Normand, je n’ai aucun militaire dans ma famille. L’idée est venue quand j’ai fini le lycée, sur un forum. Il y a eu des intervenants de l’armée, ça a beaucoup trotté dans ma tête parce que j’étais quelqu’un qui avait besoin de beaucoup se dépenser. J’ai fait une année d’université en GEA (gestion des entreprises et administrations, ndlr) à Rennes, mais pour moi, rester 5 heures dans un amphithéâtre, ça n’était pas possible. (…) Tous les soirs, je partais courir. C’est de là que m’est revenu l’idée de m’engager. On voit tous ces reportages qui passent sur Youtube, forcément, on regarde ces images des commandos marine et on en fait vite une fixette.

Comment préparer ses proches à un tel choix de carrière ? 

Maël : J’ai attendu quelques années, pourtant tout était planifié dans ma tête. Quand j’ai évoqué ça, vers mes 18 ans, mes parents ne me prenaient pas trop au sérieux car j’avais attendu pour leur dire, justement…

Steven : Je l’ai annoncé dès le début, quand j’en ai eu l’envie. Ma mère a eu beaucoup de mal, elle a encore beaucoup de mal aujourd’hui, du fait du stage commando et peut-être ma réussite. (…) Quand elle me dit qu’elle a du mal à dormir, c’est difficile. J’ai essayé de la rassurer en lui disant que dans les commandos marine il y a très peu de décès. Tous les détails comptent, on essaie d’être précis.  

Comment avez-vous vécu la mort de Cédric de Pierrepont et d’Alain Bertoncello, membres du commando Hubert, l’élite des forces spéciales françaises, au mois de mai ? 

Maël : C’est quelque chose qui nous a touchés, comme tout militaire qui décède. Je me suis remis en question. À chaque militaire mort, je me dis : ‘pourquoi demain ça ne serait pas moi ?’. J’ai vu ma mère depuis, ça l’a aussi touchée. Elle réalise que dans plusieurs années, ça peut être son fils qui tombe.

Tout militaire doit être prêt à faire le sacrifice ultime, à donner sa vie

Steven : C’était quelque chose d’assez émouvant, qui attirait une attention particulière sur les commandos marine. C’est un petit élément d’arrêt mais il faut rester motivés, continuer dans la voie. On est venus ici pour ça, et on continuera coûte que coûte.

Comment, justement, vivre avec le spectre de la mort ? 

Maël : Tout militaire doit être prêt à faire le sacrifice ultime, à donner sa vie. D’autant plus en commando marine, dans toutes les forces spéciales, parce que ça n’est pas les mêmes missions. On doit être prêt à aller jusqu’au bout. (…) Plus j’avance, plus je me rapproche de ce que je veux faire et plus j’y pense. 

Steven : J’ai un petite amie depuis deux ans, j’en ai déjà parlé avec elle, elle sait très bien que c’est mon envie, elle est derrière moi malgré tout. Elle sait que ce sera mon métier. [Avoir une vie de famille ?] C’est difficile mais c’est possible. Quand on sait qu’on part en mission il faut être absolument concentré pendant sa mission, puis quand on rentre en France savoir décrocher et prendre du bon temps.

Quel a été le moment le plus dur de ce stage ?

Maël : Tout ce qu’on fait, c’est pour préparer la suite de notre carrière, pour les missions. Pour moi, il n’y a pas d’épreuve plus dure que les autres, c’est surtout le fait de toutes les enchaîner. Ça joue sur la résistance psychologique. L’élément le plus dur, c’est le froid dans toutes les épreuves, en extérieur, pour les exercices de nuit. Après, on a tellement travaillé, normalement, psychologiquement, qu’on ne doit pas craquer. On est tous ensemble, s’il y en a un qui ne va pas bien, on peut se remonter le moral. On sera ensemble tout le temps après. 

On peut vite commencer à se démobiliser et à paniquer

Steven : Au fil des semaines, c’est une fatigue qui augmente, et il faut essayer de rester lucide, sans faire de faute qui pourrait nous faire sortir du stage. Il y a ‘la cuve’, un endroit où on évalue notre aisance aquatique, on nous demande d’aller chercher un plongeur au fond, une arme, de passer sous une embarcation… L’eau est à 7 ou 8 degrés au début du stage, puis elle augmente un petit peu, jusqu’à 10 degrés en juin.

[Une autre épreuve consiste en une simulation d’enlèvement] C‘est pour nous montrer ce qui peut se passer en terrain ennemi, nous montrer qu’il ne faut pas se faire attraper. C’est juste toucher du doigt, parce que si on est capturé en zone ennemie on sait que ce sera multiplié par 100 ou 200. Cela veut dire ne pas savoir, pendant les 48 heures où on est enfermé, quelle heure il est, quand est-ce que notre bourreau va venir à nous, quand on va avoir à manger ou à boire. Ensuite on est lâché dans un parcours et on doit sortir, dans le noir. On peut vite commencer à se démobiliser et à paniquer, il faut rester plein de sang froid et progresser.

Laurent : Ils sont malmenés mais pas tabassés, on n’est pas des bourreaux. (…) Tout le stage commando, les élèves sont camouflés du début à la fin, jour et nuit, ça s’entretient et ça s’adapte en fonction du milieu où ils sont. Tous les jours, ils se vérifient entre eux et on commence la journée comme ça. (…) Il y a une partie physique de trois semaines, puis des cours, pendant neuf semaines. 

Que représenterait le fait de recevoir son insigne des mains d’Emmanuel Macron ? 

Maël : On s’est préparés pour le stage, pour la cérémonie, pour recevoir le béret vert. C’est beaucoup d’années d’entraînement et une première reconnaissance. Que le béret soit remis par le président de la république et par un ancien qui a débarqué, monsieur Léon Gautier, c’est encore mieux. C’est toujours un ancien commando marine qui remet son béret au nouveau breveté. 

Laurent : Ça permet de faire un petit ‘focus’ sur les commandos marine. De montrer au grand public qu’on existe et ce qu’on est capable de faire.

*Les prénoms ont été changés