21 mars 2018

Europe Matin
Financement libyen de la campagne de Sarkozy : pour Plenel, “ce n’est plus un secret, c’est un fait”

Pour le fondateur de Mediapart, l’accumulation de preuves rend irréfutable un financement d’origine libyenne de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

INTERVIEW

Voilà sept ans désormais que Mediapart enquête sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de l’UMP en 2007, et pour lesquels Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis mardi. “Aujourd’hui, tous les témoignages, toutes les auditons, tous les documents d’origine libyennes, y compris devant la Cour pénale internationale qui en a recueilli certains […] vont tous dans le même  sens. C’est un secret de polichinelle”, a souligné mercredi Edwy Plenel, le fondateur du site d’information, invité au micro de la matinale d’Europe 1. Avant d’ajouter : “Ce n’est plus un secret, c’est un fait”.

La démocratie corrompue par la Libye. “Ce n’est pas une surprise, cela fait bien longtemps maintenant que la justice trouve que nos informations sont sérieuses”, s’est félicité le journaliste, qui rappelle qu’une première enquête a été ouverte en 2013. “C’est tout simplement la corruption de notre démocratie par un régime étranger, […] dont ceux qui ont été corrompus par ce pays étranger s’aperçoivent, quelques années plus tard, que c’est une terrible dictature, et se réveillent”, commente-il.

Pour Edwy Plenel, cette affaire pourrait être la plus grave de l’histoire de la Cinquième République. “Une dictature a corrompu un processus électoral français en financent l’un des clans qui concourrait, et dont le champion, Nicolas Sarkozy, sera élu en 2007. Je ne sais pas si l’on peut trouver un équivalent”, pointe-t-il.

Une guerre pour effacer les preuves ? Surtout, le journaliste veut insister sur les conséquences géopolitiques des accointances présumées du régime de Mouammar Kadhafi et de Nicolas Sarkozy, à commencer par l’intervention franco-britannique en Libye en 2011. “On peut se poser des questions sur les raisons de cette guerre. La France et la Grande-Bretagne ont été au-delà du mandat des Nations unies en 2011. Ça a des conséquences géopolitiques puisqu’à l’époque le Conseil de sécurité était unanime, et aujourd’hui il est impossible d’avoir une quelconque unanimité avec le veto de la Russie qui nous en veut beaucoup”, estime Edwy Plenel. “La France a poussé plus loin, jamais il n’était question de renverser un régime et d’accompagner l’assassinat du dictateur”, insiste-il. “Pire que cela, cette intervention à des conséquences pour nous tous, puisque l’arsenal libyen, qui était le plus moderne d’Afrique, a été dispersé à cette occasion. C’est cela que les djihadistes du Sahel brandissent contre nous”.

“On peut légitimement se poser [des questions], connaissant l’ampleur de cette affaire et les liens tissés entre Kadhafi et Sarkozy, sur les raisons privées de cet acharnement militaire, dont on peut se demander aussi s’il ne s’agissait pas d’effacer des traces et des témoins gênants”, interroge encore Edwy Plenel.