29 juin 2017

L'interview d'actualité de Thomas Sotto
Guillaume Martin : “J’assume ma double casquette” de cycliste philosophe

Attention, profil atypique. Le Français Guillaume Martin, qui s’élancera pour sur le Tour de France est titulaire d’un Master de philosophie. Nietzsche devrait l’accompagner au fil des étapes.

INTERVIEW

Il va s’élancer samedi sur les routes du Tour de France. Et défie toutes les catégories. C’est un homme que l’on pourrait classer dans les grimpeurs penseurs. A 24 ans, ce coureur cycliste est titulaires d’un master 2 de philosophie. Il était invité dans la matinale d’Europe 1.

Cocktail vélo-philo. Le lien entre vélo et bac+5 en philo ? Pas si ténu pour le coureur. “En France, on a l’impression qu’il y a un monde entre les matières intellectuelles et les disciplines physiques comme le sport ou l’artisanat. Je n’ai jamais eu l’impression qu’il y avait un cloisonnement entre tout ça. J’aimais le sport, j’aimais la philosophie. C’était naturel de poursuivre chaque domaine à fond.” Le sportif philosophe a même relié les deux dans son mémoire intitulé “le sport moderne, une mise en application de la philosophie nietzschéenne”. Nietzsche n’a pourtant jamais écrit sur le sport. “C’était un peu provocateur de mettre un titre comme ça”, admet-t-il. Pour faire simple, en concentrant 183 pages de mémoire , l’idée “c’était de dire que la philosophie de Nietzsche m’avait permis de penser le sport de manière plus authentique”.

Il vise le top 20 au général. Il sera forcément vu comme l’intello du peloton. Tant pis. “J’assume ma double étiquette, je la revendique et si ça permet de décloisonner les choses tant mieux. Après j’ai envie d’être jugé en tant que cycliste. Il a d’ailleurs fini 18e du dernier Dauphiné. Pour le Tour de France, il courra pour l’équipe belge Wanty-groupe Gobert. “J’ai eu du mal à décrocher mon premier contrat pro alors que j’avais de très bons résultats chez les amateurs. Maintenant, je me sens totalement accepté. Ce qui est bien dans le cyclisme, c’est qu’il y a énormément de profils différents”, souligne-t-il, pensant à d’autres collègues au double visage.

L’objectif de ce philosophe sur deux roues : “Je ne conseille pas la paix, mais la victoire”, une citation de Nietzsche évidemment, qui va d’ailleurs à l’encontre de celle de Pierre de Coubertin, faisant de la participation le but premier. “Quand on est compétiteur, l’objectif c’est de gagner. Dans le cyclisme on est 200 au départ, il y a des victoires relatives. Si je fais un top 20 au général, ce sera un bilan” satisfaisant. “S’il y a une victoire d’étape, ce serait encore mieux”, conclut-il.