26 juillet 2017

7h45 - L'invitée de Pierre de Vilno
“Je croyais le revoir épuisé, choqué, mais vivant”, confie la sœur du père Hamel

Un an après l’assassinat du père Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray par deux terroristes islamistes, sa sœur rend hommage à l’homme paisible et bon qu’il était.

INTERVIEW

Le 26 juillet 2016, Roselyne Hamel est subitement passée du calme à l’effroi. Ce mardi-là, alors qu’il officiait pour une poignée de fidèles dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le père Jacques Hamel, 85 ans, est pris en otage puis tué par deux terroristes se revendiquant de l’Etat islamique

“Je me disais qu’ils allaient les libérer”. La veille de l’attaque, le père Jacques Hamel et sa famille avaient évoqué à table l’attentat de Nice, survenu seulement quinze jours auparavant sur la Promenade des Anglais. “Nous en étions encore tous choqués, à en débattre. Nous nous penchions avec mon frère sur ce drame, sans savoir que le lendemain ce serait son tour”, raconte Roselyne Hamel au micro d’Europe 1, mercredi. Quand la sœur du prêtre est prévenue par les autorités, les deux terroristes viennent de faire irruption dans l’église. C’est une religieuse, qui était parvenue à fuir, qui a donné l’alerte. “Je n’ai jamais pensé une seule minute que mon frère ne reviendrait pas. Il y avait un tel déploiement de police, de militaires en armes, que je me disais qu’ils allaient les libérer. C’était tellement énorme, ce cordon de police sur lequel je me précipitais pour voir ce qui se passait dans l’église et assister mon frère dans sa difficulté…”, se remémore-t-elle.

“Une déchirure intérieure innommable”. S’en suivent deux heures d’attente, pendant lesquelles les policiers de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Rouen tentent de mettre fin à la prise d’otages. Pour Roselyne Hamel, mise à l’abri avec d’autres proches, ce sont “deux heures d’attente silencieuse, confiante qu’il ne pourrait rien arriver à ces personnes dans l’église”. Et puis on est venu lui annoncer que “tout était fini”. “Il y a un blessé, un mort, c’est votre frère”, se rappelle-t-elle. “Après deux heures d’attente dans le silence, ça a été un choc. C’était brutal. J’avais l’impression d’avoir été moi-même déchirée par une arme. Une déchirure intérieure innommable. Je croyais le revoir épuisé, choqué, mais vivant.”

Pas de haine pour les assassins de son frère. Alors que Saint-Etienne-du-Rouvray s’apprête à rendre hommage au père Hamel, un an jour pour jour après le drame, Roselyne est apaisée. “À quoi bon” en vouloir aux assassins de son frère ? “Ces jeunes possédés d’une folie meurtrière dont leurs parents ont été impuissants dans leur dérive. Pourquoi en vouloir à ces jeunes ? Ils sont morts (…) La chrétienté a tellement évolué qu’aujourd’hui, le pardon fait partie de notre vocabulaire, et non la haine. La haine est destructive”, assure-t-elle. 

“Pourquoi lui ?” “On s’est posé la question ‘pourquoi lui ?'”, avoue Roselyne Hamel. Une question balayée quelques jours plus tard, lors de la préparation des obsèques du prêtre, grâce à une anecdote qui a marqué la vie du père Hamel. “Je me suis vite référée à ce qu’il me racontait dans ses dernières années : son périple en Algérie où il avait échappé à la mort alors que tout le convoi de jeeps, où il était chauffeur d’un gradé, a été tué par une rafale en traversant un oasis. Il s’étonnait à chaque fois qu’il me racontait : ‘mais pourquoi moi ? Pourquoi moi je ne suis pas resté, comme eux, inerte dans cet oasis ? Pourquoi moi ?'”, raconte aujourd’hui sa sœur. Pour Roselyne, son frère était destiné à accomplir le bien auprès des hommes, à aller au bout de son sacerdoce. “Il disait : ‘je souhaite célébrer ma messe jusqu’à mon dernier souffle, dans mon église'”.