10 janvier 2019

7h45 - L'interview de Nikos Aliagas
“Je n’oublierai jamais la capacité de violence de Mehdi Nemmouche”, témoigne Didier François

Notre journaliste Didier François a été retenu otage en Syrie de juin 2013 à avril 2014. Mehdi Nemmouche, l’un des geôliers, comparait dès jeudi devant la justice belge pour l’attentat du Musée juif de Bruxelles. Notre reporter se souvient d’un homme d’une violence inouïe.
 
TÉMOIGNAGE EUROPE 1

“Mehdi Nemmouche faisait partie des gardes francophones de la police islamique de Daech, au début du califat, dans leurs prisons secrètes. On a très longtemps été retenus dans les sous-sols d’un hôpital pédiatrique.

Il torturait les Syriens, les Irakiens, les prisonniers. Quand il les emmenait aux toilettes, il les battait sur le chemin, aller et retour. On l’a entendu des nuits entières crier en français sur des Irakiens ou des Syriens qui ne parlaient que l’arabe et ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Il y avait un déchaînement de violence absolument incroyable.

Quand j’entends ses avocats dire que c’est quelqu’un qui peut être très poli, très urbain… Certainement. C’est quelqu’un de malin. Mais moi, je n’oublierai jamais sa capacité de violence et sa capacité de danger.

ENTENDU SUR EUROPE1 :
Mehdi Nemmouche avait un petit jeu qu’il aimait beaucoup, c’était de nous écraser les ongles avec une pince en acier
 

Honnêtement, on n’était pas très bien traités, c’est le moins que l’on puisse dire. Mehdi Nemmouche avait un petit jeu qu’il aimait beaucoup, c’était de nous écraser les ongles avec une pince en acier. Pendant les déplacements aux toilettes, il nous tasait avec du matériel électrique. Moi, il m’avait frappé quarante fois sur le haut du crâne avec une matraque plombée. Mais ce n’était rien à côté de ce qui se passait pour les prisonniers syriens qui, eux, étaient vraiment torturés, enchaînés, mis à l’intérieur d’un pneu, menottés autour de barres de fer, puis frappés sur la plante des pieds avec du fil électrique gainé.

Un grand jeu qu’ils avaient, c’était de torturer les gens devant la porte de notre cellule. Le matin, il nous arrivait d’avoir des cadavres égorgés devant la porte, de marcher dans leur sang avant d’aller jusqu’aux toilettes. C’est ça aussi, Medhi Nemmouche.

ENTENDU SUR EUROPE1 :
Il nous disait : ‘T’es une grosse merde, j’aimerais te buter, mais mes chefs ne veulent pas que je le fasse’
 

Dans un premier temps, de juin à octobre, on a eu une phase assez dure où il était uniquement dans la violence. Puis au mois d’octobre, il y a eu une bascule. Il a eu des ordres de ses chefs, puisqu’on avait visiblement une valeur que n’avaient pas les détenus syriens ou irakiens. Lui-même nous disait : ‘T’es une grosse merde, j’aimerais te buter, mais mes chefs ne veulent pas que je le fasse.’ Il était donc obligé de se contrôler, ce qu’il faisait. Ce qui prouve qu’il peut quand même être assez discipliné quand il veut. Puis, on a eu cette situation étrange où il a commencé à venir faire des quiz…

ENTENDU SUR EUROPE1 :
Il passait ses journées à se vanter de rentrer dans les villages chiites, de violer les femmes devant leurs maris, d’assassiner leurs enfants
 

À l’origine, c’est un délinquant qui s’est radicalisé. Lui-même se définit comme un petit délinquant passé dans le nettoyage ethnique religieux. Il passait ses journées à se vanter de rentrer dans les villages chiites, de violer les femmes devant leurs maris, d’assassiner leurs enfants et ensuite, de vider leurs frigidaires avant de déménager les meubles dans un camion. Puis il repartait en chantonnant ou en sifflotant du Aznavour. C’est une personnalité un peu particulière.

J’attends de ce procès que les gens réalisent à quel point ces gens sont dangereux. Il reste encore des gens comme lui, des anciens camarades en Syrie. On a des ennemis déclarés, et il ne faut pas non plus être des Bisounours.