9 août 2018

8h15- L'invité de Julien Pearce
La Californie en proie au plus grand incendie de son histoire : “des feux de plus en plus incontrôlables”

Interrogé par Europe 1, le pilote Jérôme Laval, qui travaille avec les soldats du feu américains, estime qu’il faudra encore plusieurs semaines avant de pouvoir maîtriser l’incendie géant qui ravage le nord de la Californie.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Plus rien ne semble devoir arrêter les flammes. Depuis la fin du mois de juillet, la Californie fait face au pire incendie de son histoire. Baptisé “Mondocino Complex”, ce monstre de feux a déjà dévoré plus de 117.600 hectares tout autour du lac Clear. “C’est l’équivalent de la ville de Los Angeles, à peu près 100 km sur 70 km”, indique jeudi au micro de la matinale d’Europe 1 Jérôme Laval, pilote de bombardier d’eau qui œuvre sur place aux côtés des pompiers américains. “C’est un incendie qui est énorme, et qui sera probablement difficile à contrôler dans les prochaines semaines”, avoue-t-il.

Un incendie qui franchit toutes les barrières. Les soldats du feu ne savent plus où donner de la tête. “Le problème, c’est que ça n’est pas le seul. Il y a quatre incendies qui ont actuellement ce potentiel en Californie”, relève Jérôme Laval. Pour ce pilote, ce type de sinistre, de plus en plus fréquent, est aussi de plus en plus compliqué à circonscrire. “Depuis 2015, on voit que les feux sont de plus en plus incontrôlables”, pointe-t-il. “Ce qui est très étonnant, c’est l’explosivité de ces feux qui sautent les lignes creusées par les bulldozers et les pompiers à 500 mètres, voire un peu plus”, explique-t-il.  

L’objectif : circonscrire le sinistre. Pour venir à bout de cette tempête de feux, canadairs et hélicoptères larguent autour des flammes du “retardant”, un additif supposé protéger les sols et la végétation contre la progression des flammes. “Le retardant, c’est 70% d’eau et le reste, ce sont des fertilisants. La couleur rouge, c’est pour que l’on puisse le repérer dès le ciel et que les avions suivants puissent continuer la ligne de retardant”, détaille le pilote. “Quand on le largue, ça tombe sur la végétation pas encore brûlée, devant le front de flammes, et enveloppe toute cette végétation. Ça ne sert à rien de larguer trop bas ou trop haut. Il faut trouver la juste hauteur qui est à peu près de 30 à 40 mètres au-dessus du sol”, poursuit Jérôme Laval. “La barrière de retardant est la seule chose qui va permettre de freiner un peu, voire d’entourer le feu, et donc de faire gagner du temps aux pompiers au sol qui, eux, éteignent le feu. Les vrais extincteurs, ce sont eux.”

19 millions de litres de retardant. Devant l’étendue de la catastrophe, les Américains ont déployé des moyens hors normes. Alors que 14.000 pompiers sont déjà mobilisés, Calfire, le service californien de lutte contre les incendies, a fait appel lundi à un Boeing 747, un mastodonte capable de transporter plus de 72.000 litres. “Aujourd’hui, à mi-saison, on a doublé le nombre de gallons de retardant largués sur les feux. Au lieu de deux millions l’année dernière, on en est à cinq millions aujourd’hui”, indique encore Jérôme Laval (1 gallon équivaut à 3,8 litres, ndlr). À ce stade, seul 30% du sinistre est sous contrôle. Les incendies qui ravagent la côte ouest des États-Unis ont déjà fait sept morts et nécessité l’évacuation d’au moins 20.000 personnes.

Au sol, une lutte de chaque instant

En tout, ce sont huit feux de forêt qui balayent la Californie. Les fumées dégagées par ces différents sinistres voilent le ciel sur plus de 500 kilomètres. Le rythme imposé par ce feu est aussi infernal que les températures qu’il dégage. Les pompiers enchaînent 24 heures face aux feux, puis 24 heures de repos, avant de retourner dans les montagnes à l’assaut des flammes. “Au départ, c’était un simple feu de prairie qui s’est soudainement propagé. Par endroits de nouveaux foyers apparaissent et en l’espace de 30 secondes, leur diamètre passe de quelques centimètres à plus de 50 mètres”, explique Jeremy, un pompier présent sur place, à Europe 1.

Les flammes s’entortillent jusqu’à 25 mètres de haut si bien que certains pompiers évoquent régulièrement des “tornades de feu”. La météo capricieuse alimente également la fournaise. “Le vent tourne tout le temps. Parfois il vous renvoie la chaleur et puis ça tourne et tout s’éclairci devant vous. Puis vous prenez de la fumée dans le visage. Et encore de la chaleur. C’est incessant”, rapporte Brad, un autre soldat du feu.