La crise migratoire est une “crise politique, une crise humanitaire, une crise de valeurs”

François Gemenne, spécialiste des flux migratoires, assure au micro de Matthieu Noël sur Europe 1 que la crise migratoire est “une crise politique” car nous sommes revenus “à des chiffres classiques” en termes de migration.
 

INTERVIEW

Les flux de migrants sont au cœur de l’actualité dans le monde entier, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. S’il y a eu un pic migratoire en 2015, à cause notamment de la guerre en Syrie, il est difficile de parler de crise migratoire aujourd’hui, estime François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à l’université de Liège et à Sciences-Po Paris, au micro de Matthieu Noël sur Europe 1.

“On est revenu à des chiffres classiques” en terme de flux migratoires. “Ce que l’on appelle la crise migratoire, ce n’est pas une crise des chiffres. “Ce qu’on appelle la crise migratoire, ce n’est pas la crise des chiffres. On est revenu à des chiffres d’avant le flux des réfugiés de 2015. On est revenu à des chiffres classiques, normaux”, assure-t-il.

Selon lui, ce que l’on qualifie de crise migratoire est une “crise politique, une crise humanitaire, une crise de valeurs”. “Faute d’organiser ces migrations, de plus en plus d’Etats se convainquent qu’ils régleront mieux le problème en fermant leurs frontières et en s’isolant.” Avec une telle politique, “les migrations vont devenir de plus en plus difficiles et donc de plus en plus tragiques” car “on ne se décide toujours pas à essayer d’organiser ces flux migratoires”, analyse François Gemenne.
 

“Il y a davantage de gens qui migrent des Etats-Unis vers le Mexique” que l’inverse. Il explique par ailleurs, qu’il y a beaucoup d’idées reçues concernant les flux migratoires. Actuellement, une caravane de migrants centre-américains tente de rejoindre les Etats-Unis et alimente de nombreux débats outre-Atlantique. Pourtant, “il y a aujourd’hui davantage de gens qui migrent des Etats-Unis vers le Mexique que du Mexique vers les Etats-Unis”, souligne François Gemenne.

Même chose pour ce qui est des flux migratoires en Afrique : “70% des migrations internationales qui partent de l’Afrique, vont vers l’Afrique.” Ce n’est qu’une “minorité” qui tente de rejoindre l’Europe mais “comme les frontières de l’Europe sont fermées, il arrivent dans des circonstances tragiques et spectaculaires, ce qui provoque ce que l’on appelle la crise migratoire”.

N’accueillir que les réfugiés politiques “ne peut pas marcher”. François Gemenne estime enfin qu’un système qui n’accueille que les réfugiés politiques “ne peut pas marcher en termes d’efficacité” afin de régler cette “crise migratoire”. Dans cette situation, tous les migrants “vont demander l’asile politique et cela va engorger le système”.