12 février 2018

L'interview de Raphaëlle Duchemin
La France n’est “pas à l’abri de nouveaux scandales politico-financiers”

Condamné pour fraude fiscale, Jérôme Cahuzac va à nouveau être confronté à ses juges lundi. Ce scandale politico-financier avait engendré un renforcement des moyens de lutte contre les fraudeurs. Mais est-ce suffisant ?

INTERVIEW

L’affaire Cahuzac avait été “un électrochoc salutaire.” Invitée de la Matinale d’Europe 1 lundi, Laurène Bounaud, déléguée générale de Transparency International, une organisation de lutte contre la corruption, souligne que les accusations de fraude fiscale et blanchiment, dont l’ex-ministre du Budget a fait l’objet, ont permis à la France de s’équiper pour que de tels scandales politico-financiers ne se reproduisent pas. 

Un manque de moyens. “Ce scandale a permis la création et l’accélération de réformes, qui étaient déjà dans les cartons pour certaines, qui servent à lutter contre les atteintes à la probité, la délinquance économique et financière”, note Laurène Bounaud. La création du parquet national financier (PNF) notamment, a permis de “désembourber des dossiers.” Mais avec seulement quinze magistrats, travaillant sur près de 27 dossiers chacun, le PNF perd en efficacité, faute de moyens. 

Pour “une réforme ambitieuse”. Un plan anti-fraude est en préparation. Une bonne chose, selon Laurène Bounaud. “Jusqu’à présent, on a eu des lois qui ont été votées suite à des scandales. L’idée, c’est d’éviter le phénomène répétitif – ‘un scandale, une loi’ – qui fatigue les citoyens. Nous, à Transparency, on tire la sonnette d’alarme sur les problématiques liées au financement de la vie politique. Si on ne se donne pas les moyens d’une réforme ambitieuse sur le financement de la vie politique, oui, on n’est pas à l’abri de nouveaux scandales politico-financiers. “, soutient-elle. Pour l’organisation de lutte contre la corruption, la priorité est donc de “renforcer les moyens de la justice”. “Une réforme constitutionnelle est en cours, on espère véritablement qu’elle va aboutir d’ici la fin de l’année”, souligne-t-elle.

Vigilance et adaptation. Pour Transparency, il est aussi indispensable de “donner plus de moyens aux autorités de contrôle qui ont en charge le financement des campagnes électorales”. “On a eu des signaux inquiétants ces dernières années autour de la commission nationale des comptes de campagne et du financement de la vie politique. C’est elle qui avait signalé les dépassements des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, qui avait donné l’affaire Bygmalion”, rappelle Laurène Bounaud.

Si l’organisation se réjouit de voir la création d’instances efficaces pour lutter contre la fraude fiscale, elle appelle à faire preuve d’une attention de tous les instants. “Les stratégies des corrompus s’adaptent aussi”, prévient Laurène Bounaud. “Il faut toujours être très vigilants et pouvoir adapter notre cadre, nos institutions, et leur donner les moyens de faire leur travail de manière efficace”. L’évasion fiscale coûte entre 40 et 80 milliards d’euros à l’État français chaque année.

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