12 janvier 2018

Europe Matin
Laurent Valdiguié : “Les passages à niveau de la SNCF sont responsables de 655 accidents et 177 morts”

Pour son premier numéro, le nouveau journal “l’Ebdo” livre une enquête sur la SNCF. Ou comment l’entreprise ferroviaire s’y prend pour se protéger en cas d’accidents. 

INTERVIEW

Presque un mois après le drame de Millas, qui a coûté la vie à six enfants, le journal hebdomadaire Ebdo a décidé, pour son premier numéro, de livrer une enquête sur les dessous de la SNCF. Intitulée “SNCF, l’intouchable”, l’enquête se concentre sur trois accidents : le déraillement de Brétigny-sur-Orge, l’accident d’Eckwersheim et le drame de Millas. Pour le journaliste Laurent Valdiguié, la priorité de l’entreprise ferroviaire lors d’accidents est “d’éviter le grand déballage”.

“655 accidents et 177 morts” ces dernières années. L’enquête menée par l’Ebdoa l’a emmené sur les traces d’un autre accident survenu à Castelsarrasin en 2013, où un couple est renversé à un passage à niveau. Si la presse locale évoque alors un suicide, le fils du couple, qui travaille pour la SNCF  ne croit pas du tout à cette thèse. 15 jours avant le drame de Millas, une juge chargée de l’affaire reçoit un rapport indépendant qui explique que “le système des passages à niveau en France ont fait 655 accidents graves et 177 morts ces dernières années”, tout en précisant que les installations datent de 70 ans et ne sont pas fiables à 100%. Une vétusté du système qui empêche la “SNCF de savoir, a posteriori, si les barrières d’un passage à niveau étaient levées ou non”, élément décisif, notamment dans l’accident de Millas. Ainsi, c’est plus de 10.000 passages à niveau qui sont équipés du même système que celui de Millas, une sorte de “pédale” qui s’actionne au passage du train.

Comment la SNCF se protège-t-elle ? “La SNCF tient un double jeu. Dans un premier temps, elle déclare qu’elle va faire toute la lumière sur une affaire. Mais dans la pratique, on se rend compte que la SNCF ralentit les indemnisations des victimes”, constate Laurent Valdiguié. Pour le journaliste, la priorité de l’entreprise est d’éviter le scandale, “on ne met en cause personne, on fait en sorte qu’il n’y ait surtout pas au sein de la compagnie de découvertes supplémentaires.” Ce qui pourrait expliquer en partie les “210 millions d’euros par an, en communication” de l’entreprise. Un chiffre pour lequel la SNCF a été épinglée par la Cour des Comptes. Un fait surtout visible dans les accidents impliquant des passages à niveau, selon Laurent Valdiguié. 

La mise en examen en tant que personne morale. Mise en examen en décembre dernier en tant que personne morale pour “homicides involontaires” dans l’accident d’Eckwersheim – une rame d’essai du TGV qui avait déraillé dans un virage juste avant un pont, le 14 novembre 2015 – Laurent Valdiguié est étonné que ce soit “un sous-directeur de la sécurité de l’entreprise qui a été envoyé devant le juge alors que l’accident a fait 11 morts” et 42 blessés. Idem pour le déraillement de l’Intercités à Brétigny en 2013, la SNCF a été mise en examen en tant que personne morale, avec Réseau ferré de France. “Aucun agent n’a été mis en examen, alors que l’enquête fourmille de fautes dans l’entretien des voix”.