“L’incendie du chapiteau de Chanteloup-les-Vignes a laissé un grand vide, mais ce n’est pas le moment d’abandonner”

Neusa Thomasi est arrivée depuis le Brésil à Chanteloup-les-Vignes en 1993. Elle en est tombée amoureuse et y a créé la compagnie de théâtre “des Contraires”, dont le chapiteau a brûlé après une nuit de violences en novembre dernier. En 27 ans, elle a vu la ville se désenclaver et devenir accueillante. L’événement a brisé cet élan mais elle n’entend pas, pour autant, baisser les bras.

En novembre 2019, Chanteloup-les-Vignes a été le théâtre d’une nuit de violences durant laquelle le chapiteau, élevé au cœur de la cité de la Noé pour accueillir les activités de prévention et les événements culturels de la commune, a brûlé. Neusa Thomasi, la fondatrice et directrice de La Compagnie des Contraires, qui officiait dans ce lieu, raconte son arrivée dans cette ville des Yvelines il y a près de 30 ans, ses difficultés d’installation et la transformation qui s’est opérée grâce aux différentes initiatives de la mairie.

Quand êtes-vous arrivée à Chanteloup-les-Vignes ?

Il y a 27 ans. Je suis arrivée en provenance du Brésil et j’ai vraiment découvert ce qu’était la banlieue française avec cette richesse culturelle, ce mélange. J’étais totalement fascinée par ça. J’entendais plusieurs langues, je voyais plusieurs couleurs, des vêtements différents, des habitudes, des odeurs différentes… et je suis vraiment tombée amoureuse de Chanteloup. J’ai flashé sur cette ville et je me suis dit ‘il y a tout à faire’. A l’époque, la culture n’était pas dans les priorités du maire et je me suis dit qu’il fallait construire une politique culturelle pour cette jeunesse, que je devais rester et m’engager dans cette ville.

Comment s’est passée l’arrivée de votre compagnie de théâtre ?

C’était très dur, sur tous les aspects. Mais nous avons mis en place des projets de prévention qui liaient le sport et la culture et peu à peu, la violence s’est plus ou moins calmée. On a commencé à créer de l’emploi, faire de l’insertion, on était en contact direct avec les jeunes. Et on avait aussi la police de proximité qui travaillait avec nous, c’était formidable. Un vrai réseau oeuvrait dans le même sens avec un seul objectif : faire que ce marasme, ce désespoir des jeunes, aboutisse à un rayon de lumière.

Faire du thêatre au milieu des cités, c’est plus compliqué ?

On travaillait sur le marché couvert, place de la Coquille. C’était compliqué car extrêmement sale. Le trafic de drogue était vraiment présent, la violence quotidienne, les motos, le bruit… Mais j’avais travaillé plus jeune dans les banlieues au Brésil donc c’est un univers que j’avais déjà côtoyé. La différence, c’est que dans les favelas là-bas, on ne touche pas aux équipements. Ce qui est fait pour les enfants, pour les familles, pour la population, on n’y touche pas. Ni les équipements, ni les personnes qui viennent pour le développement de leur ville et de leurs habitants. Ici, j’ai découvert l’inverse et ça m’a beaucoup choqué. 

Comment Chanteloup-les-Vignes a-t-elle évolué en 27 ans ?

Quand la Compagnie des Contraires est arrivée en 1993, c’était une ville totalement enclavée et stigmatisée. C’était le “Chicago des Yvelines”, comme on l’appelait. Le renouvellement urbain a débuté, il a ouvert la rue : des immeubles ont été détruits, des rues ont été tracées et la ville d’aujourd’hui n’a plus rien à voir. Chanteloup-les-Vignes est belle, accueillante, avec des espaces verts, du mouvement. La ville est totalement décloisonnée, notamment entre les quartiers, et ça c’est une grande réussite du renouvellement urbain. 

L’incendie de novembre a-t-il freiné cette évolution ?

Depuis l’incendie, il y a un grand vide. Les enfants de cette ville ont vraiment été traumatisés. C’était un acte vraiment criminel qui a traumatisé la ville. Nous aussi mais surtout, c’est toute une génération qui a vu brûler un lieu qu’elle aimait, où elle venait pour être libre, pour parler, pour créer, jouer, se découvrir… Et c’est parti en fumée, comme ça, en quelques heures. Cet incendie a cassé beaucoup de choses. Je ne sais pas combien de temps la Compagnie des Contraires restera à Chanteloup-les-Vignes. Sans doute, tant qu’on s’y sentira utile. On a encore des choses à y faire, ce n’est pas le moment d’abandonner.