17 janvier 2018

07h20 - L'interview de Patrick Cohen
Malgré la baisse des naissances, “l’exception française est toujours là”

Laurent Toulemon, démographe à l’INED, l’assure : la baisse de la fécondité en France n’a rien d’alarmant. Surtout, la France reste l’un des pays européens qui fait le plus de bébés.

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INTERVIEW

En 2017, 767.000 bébés sont nés en France, soit 17.000 de moins qu’en 2016(-2,1%), selon les derniers chiffres de l’Insee. Cette baisse du taux de fécondité, qui s’établit à 1,88 enfant par femme contre 1,92 en 2016 et deux enfants en 2014. est la troisième consécutive. Faut-il s’alarmer ? Éléments de réponses avec Laurent Toulemon, démographe à l’Ined, invité de la Matinale d’Europe 1.

Cette nouvelle baisse de la fécondité marque-t-elle la fin d’une exception française ?

Non, je ne crois pas. D’une part, la baisse est relativement modérée : à peu près 5% depuis 2010, qui était le point le plus haut, où la fécondité dépassait deux enfants par femme. D’autre part, si on regarde nos voisins européens, la France est le pays où la fécondité est la plus haute. Par rapport à eux, l’exception française est toujours là, peut-être même encore plus qu’il y a quelques années.

Comment expliquer cette tendance, trois années de suite, à la baisse de la fécondité ?

Il y a deux explications qui sont données le plus souvent. D’une part, la fécondité baisse chez les jeunes, à cause notamment des problèmes d’insertion dans le monde professionnel, mais également de leur volonté de profiter de la vie avant de s’encombrer des contraintes de la parentalité. Cette baisse est compensée par une augmentation de la fécondité chez des femmes plus âgées, où la problématique est davantage celle de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Depuis trois ans, cette hausse visible depuis 30 ou 35 ans, s’est arrêtée. L’âge moyen pour un premier enfant continue d’augmenter, à un peu plus de 30 ans.

Quel est l’effet des allocations familiales sur la démographie ?

Les effets, tels qu’on peut les mesurer scientifiquement, sont très faibles. Les couples qui ont été touchés par les limitations des allocations familiales lors du quinquennat précédent ne sont pas ceux dont la fécondité a le plus baissé. Il y a peut-être des effets indirects, sur une ambiance de confiance générale sur l’aide que l’Etat peut apporter aux familles, mais cela est extrêmement difficile à mesurer. Et encore une fois, cette baisse est visible dans toute l’Europe, ce qui limite l’hypothèse des effets de la baisse des allocations familiales.