10 novembre 2017

8h15- L'iinvité de Patrick Cohen
Mounir Mahjoubi : “Il est essentiel de rappeler la responsabilité des hébergeurs”

Pour le secrétaire d’État chargé du numérique, les hébergeurs et les réseaux sociaux doivent faire preuve de la même promptitude dans la gestion des messages à caractère haineux que dans celles des contenus à caractère pornographique, généralement supprimés en quelques minutes.

INTERVIEW

La justice est de plus en plus désarmée face au harcèlement en ligne et à la diffusion de messages haineux. Un phénomène en pleine expansion, et dont a notamment été victime notre journaliste Nadia Daam, menacée de mort et de viol par des utilisateurs du forum Blabla 18-25 sur jeuxvideo.com. “La haine est répandue dans la société et particulièrement sur les réseaux sociaux, à cause de la taille – il y beaucoup de monde, c’est facile de la répandre -, et de l’anonymat. Sur les réseaux sociaux, il est facile de se croire protéger et d’exprimer sa haine la plus profonde”, explique au micro de Patrick Cohen dans Europe Matin, Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État chargé du numérique. 

La responsabilité des hébergeurs. “Quand vous regardez ce qu’il s’est passé lorqu’une journaliste [Nadia Daam, ndlr] s’est faite massivement attaquée, on parlait de plusieurs dizaines de milliers de messages. Ce volume, c’est celui qui nous oblige à nous interroger sur les moyens de ré-attaquer. Quand une personne harcèle, on est capable de porter plainte, d’aller enquêter, mais quand il y en a dix mille, on fait comment ? Il faut se dire les choses, on ne pourra pas les amener devant la justice, parce que l’on ne pourra pas tous les identifier”, explique le responsable gouvernemental qui, en conséquence, demande aux hébergeurs de prendre leur responsabilité. “Si on ne peut pas  judiciariser les dix mille personnes, on peut demander à l’hébergeur d’avoir une responsabilité face à ces contenus”.

Davantage de réactivité sur les contenus. “Quand on accueille plus de deux millions d’utilisateurs, on a une responsabilité qui n’est pas comme les autres. On devient une place ou l’écho a une forte propagation”, pointe-il. En conséquence, Mounir Mahjoubi réclame un traitement de ces contenus aussi rapide que pour la diffusion d’images à caractère pornographique. “Les plateformes sont prêtes à se mobiliser en quelques minutes pour supprimer un téton. On leur dit : vous qui êtes capables de vous mobiliser en quelques minutes pour un téton, mobilisez-vous pour un message de haine.” Le secrétaire d’Etat cite notamment en exemple l’Allemagne, dont une loi récemment votée au Bundestag reconnait une responsabilité de la plateforme et des réseaux sociaux quant aux contenus diffusés. Ci ceux-ci ne sont pas correctement et rapidement modérés, l’hébergeur risque désormais une très importante amende.