16 janvier 2018

Europe Matin
Né d’un donneur anonyme il y a 34 ans, ce Français a retrouvé son géniteur

En commandant un test ADN sur un site Internet américain, Arthur Kermalvezen, figure de la lutte contre l’anonymat des dons de sperme, a pu retrouver son géniteur. Il a raconté son histoire sur Europe 1.

INTERVIEW

En France, la loi ne permet pas aux enfants nés d’une insémination artificielle avec donneur anonyme de lever le secret de leurs origines. Arthur Kermalvezen, un agent commercial de 34 ans, a fait fi de la règle. La question de l’identité de son géniteur l’a habité très tôt, dès l’enfance. “Je me disais : ‘si mes parents ne me font pas rencontrer mon donneur, c’est parce qu’ils devaient estimer que je n’étais pas assez mature’. Donc j’ai attendu sagement l’âge de la majorité. Et puis le jour de mon anniversaire, je leur ai dit : ‘maintenant ça suffit, je veux savoir qui c’est'”, raconte-t-il dans la matinale d’Europe 1, mardi matin.

Un test ADN commandé sur Internet. Or, “coup de théâtre”, ses parents ne savent rien de l’identité du donneur, comme le veut la loi. “Pour moi, c’était inimaginable”, lâche Arthur Kermalvezen. Le jeune homme, par ailleurs membre de l’association “Procréation médicalement anonyme”, ne se décourage pas, et part bille en tête en quête de ses origines. Un site américain, baptisé 23andMe, lui offre cette opportunité. Pour 99 dollars, le site vend des tests ADN sous forme de kit, avec un simple prélèvement salivaire. “C’est archi simple, ça m’a pris 30 secondes pour le commander, deux jours pour le recevoir, trois semaines pour avoir les résultats. Douze heures plus tard, en menant une enquête comme un journaliste, j’ai retrouvé mon géniteur”, explique-t-il fièrement.

Une enquête rapide et efficace. Comment Arthur Kermalvezen s’y est-il pris pour contourner aussi facilement la législation française ? Ce père de famille a d’abord retrouvé un petit cousin franco-anglais, dont l’ADN était présent dans la base numérique du site américain. “J’ai retrouvé son arbre généalogique, j’ai éliminé toute la branche anglaise. Et sur la branche française, il ne restait plus rien, à part un monsieur, qui était de la génération de ceux qui auraient pu donner”, rapporte-t-il. Le trentenaire trouve son nom et son adresse, à seulement 1h30 de chez lui. “Tout le monde me disait de lui envoyer un courrier, mais je ne voulais pas d’intrusion. Je ne prévoyais que le pire, c’était que sa famille ne soit pas au courant qu’il a été donneur. Du coup, je suis allé voir ses voisins qui le connaissent depuis 20 ans, des gens hyper fiables. Le 23 décembre, ils ont remis la lettre en main propre à ce monsieur, en respectant ma mission qui était la discrétion”, confie Arthur Kermalvezen.

“Bravo de m’avoir retrouvé”. Se produit alors ce qui semble à peine croyable. “Il m’a rappelé le 25 décembre, donc 48 heures plus tard”, assure le jeune homme, encore effaré. “La première chose qu’il m’a dite c’est ‘Franchement, bravo de m’avoir retrouvé ! J’aimerais bien savoir comment tu as fait'”. Au micro d’Europe 1, Arthur Kermalvezen explique avoir eu alors “la sensation de passer de l’autre côté du miroir”. “On m’a tellement dit que les donneurs ne voulaient pas nous rencontrer. Je suis la preuve vivante que les donneurs sont ravis, en tout cas le mien”, avance-t-il. Les deux hommes doivent se rencontrer “en février”.