05 janvier 2017

Europe 1 Bonjour - L'interview de Raphaëlle Duchemin
Patrick Pelloux : “On est dans une nouvelle guerre”

Trois ans après l’attentat qui a frappé la rédaction de “Charlie Hebdo”, Patrick Pelloux, urgentiste et ancien chroniqueur du journal, revient sur la vie d’après.

INTERVIEW

“On fait avec, on fait des pansements, on essaye d’être meilleurs”. Trois ans après l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, l’urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur du journal satirique, proche des dessinateurs décédés, était l’invité d’Europe 1 Bonjour vendredi. “Quand vous vivez ce que j’ai vécu, ou ce que d’autres victimes des attentats comme ceux du 13-Novembre ou de Nice ont vécu, vous vivez tous les jours avec ce poids : en y réfléchissant, en essayant de pétrir la douleur qui vous étreint de manière à pouvoir survive”, a expliqué celui qui était le premier à arriver sur les lieux où 12 de ses anciens camarades ont été tués.

“On est dans une nouvelle guerre”. Pour l’urgentiste, la question c’est “comment ça va la société française après cet attentat, qui a été l’attentat qui a débuté toute une série”, s’est-il interrogé. “Probablement que le début de cette vague d’attentat était celui sur l’école Otzar Hatorah et ce qui en a suivi en mars 2012. On est dans une vague d’attentats, on est dans une nouvelle guerre”, a-t-il poursuivi. “Je crois que Riss a raison, ce qui nous est arrivé est impossible”, admet Patrick Pelloux en référence au numéro de Charlie publié le 3 janvier dans lequel la rédaction écrivait que “le deuil ne finira(it) jamais”. “On fait avec, on fait des pansements, on on essaye d’être meilleurs”.

“J’essaye de faire progresser les secours”. Depuis l’attentat, Patrick Pelloux travaille notamment à l’amélioration des protocoles de prise en charge des victimes. “Dans mon métier, j’essaye de faire progresser les perspectives de secours. J’essaye de collaborer à améliorer les prises en charge et les entraînements sur les prises en charge d’attentats. C’est un travail considérable qui a été fait au niveau de toutes les structures d’urgence pour prévenir les risques d’attentat”, explique-t-il.

“Je suis toujours très attentif à ce qui se passe à Charlie”. Même s’il a quitté l’équipe de rédaction de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux reste “toujours très attentif à ce qui se passe à Charlie”. “Je les soutiens et je soutiens cette liberté et cette humour qui est indissociable de l’exercice de la laïcité”, a-t-il indiqué sur Europe 1 vendredi.

“Daech, c’est un nazisme”. “Les religions n’ont pas d’humour”, regrette Patrick Pelloux alors que Riss pointait du doigt que plus d’un exemplaire sur deux du journal vendu en kiosque sert à financer la sécurité des locaux et des journalistes qui y travaillent. “Daech c’est un nazisme. Ils ont voulu tuer tout le monde. Ils ne sont pas aussi morts que ce que l’on croit donc la sécurité est importante”, poursuit-il. Mais pour l’urgentiste la vie de tous a changé depuis le début de ces attentats. “Vous marchez dans la rue, le mobilier urbain a changé. Maintenant il y a des pilonnes de chantier pour éviter les voitures béliers”. La peur aussi est parfois présente, mais Patrick Pelloux, lui, dit “s’être fait à l’idée d’être abattu”. “On finit par se faire à l’idée que ça peut arriver”, indique-t-il, même si “les valeurs de la France doivent continuer, qu’il faut vivre debout et qu’il ne faut pas avoir peur”.

“On est encore en train d’essayer de se débrouiller pour éviter la violence”. Après la publication d’un sondage IFOP pour Marianne d’après lequel “l’esprit Charlie” est toujours là pour 61% des Français, mais est nettement moins présent chez les jeunes, “il y a un vrai enjeu, c’est un vrai souci. C’est très embêtant”, déplore l’ancien chroniqueur de Charlie Hebdo. “Il faut absolument pénétrer ces jeunes pour leur expliquer les valeurs de la nation, les valeurs de la laïcité et ce que voulait vraiment dire l’esprit ‘je suis Charlie’. Ce n’était pas ‘je suis Charlie Hebdo’, c’était ‘je suis pour les valeurs de la République, je suis humaniste et je n’ai pas envie de tuer les gens pour exister'”, explique-t-il. “A travers tout ça et trois ans après on est encore en train d’essayer de se débrouiller pour éviter la violence, pour éviter que des communautés se montent les unes contre les autres”, conclut-il.