26 février 2018

En balade avec
Pierre Richard : “Je ne suis pas le genre d’acteur qui tourne autour de son téléphone”

Bientôt à l’affiche de “Mme Mills, une voisine si parfaite” et “La ch’tite famille”, l’acteur a évoqué au micro de Nikos Aliagas deux de ses passions, son métier et la mer.

Pour écouter l’émission : En balade avec Pierre Richard

INTERVIEW

C’est au 78 boulevard des Batignolles, dans le 17e arrondissement, que s’est joué l’avenir de Pierre Richard il y a une cinquantaine d’années. Devant les portes du théâtre Hébertot, son passé et son futur proche se croisent. Car c’est ici aussi que l’acteur de 83 ans jouera, dès le 18 avril, la pièce Le petit éloge de la nuit. Il a donné rendez-vous à Nikos Aliagas devant la salle de spectacle pour une balade parisienne.

“Le trac deux mois avant”. A l’époque de ses débuts, à la trentaine, il jouait avec Victor Lanoux dans les cabarets et partageait des assiettes avec Barbara au restaurant. “On prenait une assiette pour deux parce qu’on n’avait pas assez d’argent pour prendre deux assiettes”, se souvient-il. Des années plus tard, quand il franchit le seuil du Théâtre Hébertot, la peur s’insinue. “Rien que de rentrer, ça me fout le trac deux mois avant”, dit-il. Le trac ? “Toujours au théâtre, pas au cinéma. Le cinéma, on fait du trapèze mais si on tombe, on tombe dans le filet. Ici, si on tombe, on se fait mal.”

Dilemme. Sur les lieux, il tombe sur une photo de Michel Bouquet. “Ce n’est pas mon ami, c’est mon Dieu. C’est la référence absolue pour moi. J’ai eu la chance de tourner avec lui dans Le Jouet. J’ai beaucoup d’affection pour lui et d’admiration“. La première fois qu’il est venu a représenté le tournant de sa carrière. Il passait une audition pour le chorégraphe Maurice Béjard qui recherchait des comédiens sachant danser. Pierre Richard se lance sur les planches. “J’ai tout fait, le grand écart, je suis monté au rideau. Il est venu du fond et il me dit ‘Monsieur Richard, excusez-moi de mon accueil froid, mais ça fait trois jours que je perds mon temps avec des acteurs qui prétendent savoir danser'”. Il est engagé. Mais le jour-même, Victor Lanoux l’appelle pour lui dire qu’ils sont pris à Bobino, en première partie de Brassens. Face au dilemme, Pierre Richard choisi le spectacle où il doit jouer avec des mots et laisse de côté la danse.

Depuis, il n’a jamais lâché sa carrière de comédien, même quand le téléphone sonnait moins. “Je ne suis pas le genre d’acteur qui tourne autour de son téléphone. J’ai plein de centres d’intérêts ailleurs que dans le théâtre ou le cinéma. C’est quand même le plus grand mais ce n’est pas indispensable à ma vie.”

Distrait dans la vie aussi. Mais les appels ne manquent pas. Il sera bientôt à l’affiche de deux longs-métrages, Mme Mills, une voisine si parfaite de Sophie Marceau, en mars, et dès mercredi dans La ch’tite famille de Dany Boon. Dans le premier, il joue… une femme, loin de son personnage culte de grand blond distrait qui l’a rendu célèbre. Mais il dit avoir toujours été comique. A l’école, “faire rire, c’était ma seule défense.” Il est aussi distrait, en vrai, avoue-t-il. “Dans un film, c’est drôle, mais dans la vie, pas vraiment. Le nombre de fois où j’ai pu perdre mon téléphone, ma carte de crédit… Ça me pose des vrais problèmes quand même.”

Douze ans sur une péniche. Puis de la scène du théâtre Hebertot, Pierre Richard choisit d’aller sur les berges de la Seine, là où il a habité pendant une douzaine d’années sur une péniche. “J’aimais bien, j’ai besoin d’eau, de voir la mer, la rivière, des étangs.” Son voisin était Jacques Rougerie. L’architecte des mers et lui n’osaient pas se parler jusqu’à ce qu’un ami commun débloque la situation et les fasse se rencontrer. Ils sont même partis ensemble à Cuba, sur l’Aquaspace, un trimaran à coque transparente qui permettait d’observer baleines, dauphins et poissons multicolores. “On a la même passion pour la mer et la même appréhension pour ce qu’elle est en train de devenir si on n’y fait pas attention. Deux choses sont importantes sur la planète : la mer et les forêts. On est en train d’éradiquer les forêts et on est en train de polluer la mer”, s’inquiète l’acteur.