27 novembre 2017

En ballade avec...
Pierre Souchon : “On nous demande souvent si avoir un père connu n’est pas compliqué”

INTERVIEW

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Après Louis Chedid et Francis Cabrel, Alain Souchon s’est lancé avec ses deux fils, Pierre et Ours, dans la composition du Soldat rose. Pour la sortie de ce troisième volet, le chanteur de Foule sentimentale a donné rendez-vous à Nikos Aliagas sur les bords de Seine pour une balade parisienne qui débute en batobus.

“Je me fonds”. A 73 ans, et toujours avec un côté nonchalant, presque enfantin, Alain Souchon s’émerveille de la promenade, dit qu’il aurait même adoré travailler sur une péniche. Malgré ses 40 ans de carrière dans la chanson, il savoure le fait de ne pas toujours être repéré dans la foule. “Je me fonds”, dit-il, avant de revenir au Soldat rose : “C’est un truc très sympa parce qu’on est une troupe. Quand on est auteur-compositeur, on est finalement très seul. Là, ça change, c’est agréable.” Dans l’équipe figurent Edouard Baer, Renan Luce, Sandrine Kiberlain, Zazie, Jean-Louis Aubert, Laetitia Casta…

“Travailler tout le temps”. Pendant ce temps, le bateau file vers Notre-Dame. Pierre Souchon a rejoint le petit groupe à bord. “On fait le même métier mon frère et moi que mon père. On l’a vu dans la lumière comme tout le monde mais aussi en dehors, avec ses remises en question.” Après chaque succès, son père remet les compteurs à zéro, explique-t-il. “C’est à chaque fois cette exigence qu’il a avec Laurent Voulzy. C’est peut-être aussi ça qui a fait que ça a duré.” Le père ajoute : “En tout cas, avec Laurent, on s’est toujours dit qu’il fallait travailler tout le temps. Laurent c’est une vedette, les gens le reconnaissent dans la rue, l’adorent. Il a beaucoup d’argent et tout, mais il passe son temps à travailler.” Pierre Souchon loue aussi les textes de son père qui dépeignent “une certaine fragilité des hommes” que d’autres chanteurs n’évoquaient pas jusqu’alors.

“Les gens ont rarement envie d’aller lui casser la gueule”. La troupe descend à Notre-Dame, un décor qui pousse Alain Souchon à confier qu’enfant, il a un temps pensé devenir curé. “Le monde fait que ça vous quitte. Maintenant que j’ai ’90 ans’, j’y repense”, glisse-t-il. Pierre Souchon poursuit les confidences : “Avec mon frère, on nous demande souvent si avoir un père connu n’est pas compliqué. On a de la chance, parce que, déjà, on s’entend bien. Et soit les gens l’adorent, sont vraiment fans, connaissent ses chansons, soit ils s’en fichent un peu mais ils ont rarement envie d’aller lui casser la gueule. Nous, on bénéficie de cette sympathie”, glisse-t-il en marchant.

“Les bouquins, c’est capital”. Leurs pas les emportent place Dauphine, un endroit appréciée d’Alain Souchon : “Elle est calme, un peu en dehors du bazar, un peu littéraire. Elle a du charme. Elle n’est pas carrée, elle est bizarre. Yves Montand et Simone Signoret habitaient là”, décrit-il, poétique. “Il est toujours un peu spectateur du monde comme un personnage de Sempé, un peu dans la lune et en même temps très sur Terre”, commente son fils. La balade s’achève dans une boutique de reliure de la place, autre endroit voué à la rêverie pour les Souchon. “Les bouquins c’est capital”, martèle Alain, se lançant dans un bref plaidoyer pour les “vrais livres” et pas uniquement les tablettes. “Ce sont des choses qui restent, c’est fascinant. Chopin, Mozart laissent une trace pour toujours dans l’Humanité, les bouquins font penser à ça.”