22 février 2018

Village médias
Plus de points de vente, une offre plus ciblée : la stratégie de la PDG de Presstalis

Pour sauver Presstalis, la société qui livre les trois-quarts de la presse dans les kiosques, la nouvelle PDG veut repenser en profondeur sa stratégie de distribution.

INTERVIEW

La distribution de la presse est-elle en danger ? La coopérative Presstalis, qui livre quotidiennement les trois-quarts de la presse dans ses 23.500 points de vente, est en crise. Il y a peu, elle a évité de justesse la cessation de paiement. Appelée à la rescousse en novembre, Michèle Benbunan est la nouvelle Présidente Directrice Générale, et a fort à faire pour redresser la barre.

Une situation financière catastrophique. “Quand j’ai été sollicitée pour prendre la direction de Presstalis, on m’avait décrit une situation qui n’était pas bonne… Mais pas aussi dramatique que celle que j’ai découvert en novembre”, a-t-elle confié dans Village Médias sur Europe 1, à l’occasion de sa toute première interview à la radio. Comment expliquer cette descente aux enfers pour la société ? “L’entreprise avait des difficultés en 2011, et le management avait alors proposé une stratégie assez ambitieuse, qui s’est avérée très coûteuse et qui n’a pas du tout donné les résultats escomptés. Ce qui était annoncé, c’est que ça devait sauver l’entreprise et lui redonner une certaine rentabilité. Ce que j’ai découvert, c’est que la société a replongé de manière encore plus dramatique qu’en 2011, et qu’entre temps, elle s’était terriblement endettée”, constate Michèle Benbunan.

La nouvelle PDG fait état de comptes catastrophiques. “Le résultat d’exploitation est de l’ordre de – 20 millions. Il était supposé être très positif en décembre, ce qui est une authentique mauvaise surprise. La dette est de plus de 100 millions d’euros”, détaille-t-elle.

Une pluralité de titres moins légitime. Alors que faire pour remettre le navire à flot ? Michèle Benbunan a dû faire vite pour établir son plan de bataille. Elle demande aujourd’hui “un plan de sauvetage à 140 millions d’euros”, auxquels contribueront en grande majorité les éditeurs. La nouvelle PDG espère aussi obtenir “un prêt des pouvoirs publics”. Au-delà de cette enveloppe, c’est tout un système – soumis à la loi Bichet, qui date de l’après-guerre – que veut revoir la nouvelle direction. Cette loi prévoit que chaque point de vente propose la même pluralité de titres de presse, que l’on soit dans une grande ville ou dans un village reculé. “L’esprit de la loi Bichet, c’est d’avoir une pluralité d’opinion. Sauf qu’à l’époque où elle a été créée, il n’y avait ni magazines ni Internet, donc cette pluralité n’est pas totalement légitime”, estime aujourd’hui Michèle Benbunan.

Des points de vente moins fournis en titres de presse ? La question de l’assortiment des points de vente est donc posée. “Est-ce qu’il faut mettre tout en kiosques, ou est-ce qu’il faut laisser le choix aux points de vente parce que leur clientèle ne correspond pas à l’ensemble de l’offre ? (…) Dans un marché qui fait 65% d’invendus, et qui est en décroissance de 5 à 10%, on peut légitimement se poser cette question”, avance la PDG. Demain, il y aura donc “peut-être encore plus de points de vente, mais certains auront tous les journaux, et d’autres pas.”

La crainte d’une grève ? La nouvelle direction de Presstalis discute également d’un plan de sauvegarde de l’emploi, qui prévoit la possibilité d’un recours à des licenciements. Dès lors, dans un secteur où, historiquement, les mouvements sociaux ont été très suivis, la crainte d’une grève – et donc d’une livraison des journaux empêchée – se fait sentir. Au micro d’Europe 1, Michèle Benbunan s’est voulue rassurante. “C’est un plan qui a été soumis il y a une semaine officiellement, et officieusement il y a plusieurs semaines. Donc je suis assez optimiste. Et je peux dire que les gens se sont montrés très responsables. Je n’envisage pas qu’il y ait des mouvements. Ce ne sont pas du tout les signaux qui m’ont été transmis”, a-t-elle soutenu face à Philippe Vandel.