24 janvier 2018

Europe Matin
Reconnaissance du burn-out : “Aujourd’hui, les assurés payent pour les défaillances managériales”

Les députés de la France insoumise demandent à ce que le syndrome d’épuisement professionnel soit pris en charge par la branche accidents du travail.

INTERVIEW

36% des Français déclarent avoir déjà fait un burn-out au travail, selon une enquête de la CFDT publiée en mars 2017. Si ce syndrome d’épuisement est pris en charge par l’assurance-maladie, il n’est pas encore considéré comme une maladie professionnelle. Mercredi, l’Assemblée nationale se penche sur une proposition de loi soutenue par les députés de La France insoumise, et qui vise précisément à la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle, ce qui permettrait une prise en charge par la branche accidents du travail, financée par les employeurs. “Ça ne serait plus la collectivité qui payerait, car aujourd’hui ce sont les assurés qui payent – même Agnès Buzyn, la ministre de la Santé le reconnait -, pour les défaillances managériales”, relève au micro de la matinale d’Europe 1 François Ruffin, député LFI de la Somme.

Pousser les employeurs à renforcer la prévention. Pour l’élu, cette mesure aurait “une conséquence importante pour la prévention”. “Aujourd’hui, la sanction est une prévention. Quel est l’intérêt d’un employeur de vraiment prendre en compte les risques psycho-sociaux, s’il n’a pas à payer pour les dépressions qu’il peut produire en série ou les troubles psychiques qu’il engendre ? Si jamais ça apparaît dans leur bilan comptable, ils vont avoir un intérêt à se dire : ‘comment on réduit ça ?'”, estime-t-il. 

Un mal (trop) difficile à cerner ? Pour autant, il est souvent argué qu’il est difficile d’identifier l’élément déclencheur d’un burn-out. Si un salarié qui se blesse sur une machine est factuellement victime d’un accident professionnel, comment déterminer si un employé soumis à une forte pression dans son travail n’a pas non plus craqué suite à un problème personnel ? “C’est ce qu’on a dit sur tout. Sur la silicose, on a dit que ça pouvait être à cause du tabac. À chaque fois qu’il y a une avancée sur le terrain des maladies professionnelles, on nous réplique que c’est multifactoriel”, s’agace François Ruffin, qui veut faire valoir la dimension économique de la proposition qu’il défend. “Quand, aujourd’hui, on se bagarre pour économiser, là ce sont plusieurs milliards d’euros qui sont en jeu. À savoir : est-ce que la collectivité va pouvoir se décharger de ça ?”