2 septembre 2019

6h20- L'invitée inattendue
Sibeth Ndiaye se souvient de sa première rentrée scolaire en France : “J’étais totalement larguée !”

En 1995, l’actuelle porte-parole du gouvernement rentrait en classe de Première S dans un lycée parisien, après avoir fait toute sa scolarité au Sénégal. Elle était lundi l’Invitée inattendue de la matinale de Matthieu Belliard. 
INTERVIEW

Insomnie du dimanche soir, trac, hâte de retrouver ses copains… La plupart d’entre-nous conservons de vifs souvenirs de nos rentrées scolaires, qu’ils soient bons ou mauvais. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, se souvient d’une rentrée qui l’a tout particulièrement marquée : en 1995, elle rentre en classe de Première dans un lycée parisien, après avoir fait toute sa scolarité au Sénégal. Elle était lundi matin l’Invitée inattendue de la matinale de Matthieu Belliard

“Avant de rentrer, il y avait un mélange d’excitation et d’appréhension. C’était un lycée prestigieux du quartier latin, à Paris. J’étais déjà venue plusieurs fois en France mais […] je quittais mes parents pour la première fois, je vivais seule. Ça a été une catastrophe intégrale !

Je suis arrivée dans une classe de Première ‘S’ où les élèves étaient très brillants. J’avais toujours été une excellente élève mais là, j’étais la dernière. Je me suis battue, mais battue. Je me souviens des équations du second degré et de ce sentiment de ne rien comprendre, d’être complètement larguée. C’était la première fois que cela m’arrivait. J’ai ressenti profondément l’idée que ce n’était pas fait pour moi. Mais mes parents qui, malgré la distance, étaient très présents, m’ont forcée à me battre. J’ai un caractère plutôt combatif et au bout de trois mois, j’ai remonté la pente. Mais ce premier cours de math a été un traumatisme”.

En plus de l’avoir incitée à se battre, les parents de Sibeth Ndiaye lui ont transmis le goût de l’école.

“Mon père avait une vision de l’école à la Jules Ferry : elle transmettait le savoir de la République, un savoir qui faisait que l’on pouvait maîtriser complètement sa vie ensuite. Pour ses quatre filles, il avait cette obsession de nous dire : ‘je ne vous laisserai pas beaucoup d’argent après ma mort, mais je vous laisserai un savoir’. Il s’est toujours sacrifié pour qu’on aille à l’école.

L’école a toujours été un bonheur pour moi. J’avais l’impression que j’allais braquer un espèce de coffre fort pour savoir des choses. […] Pour moi, c’est une fête. J’espère transmettre le même appétit à mes enfants”.

Malgré cet appétit, Sibeth Ndiaye a eu du mal à trouver ses marques au départ. Et pas uniquement à cause des équations ! 

“J’ai découvert qu’on ne parlait pas le même français. J’avais un français très africain, extrêmement soutenu. Je ne maîtrisais pas du tout l’argot. La première fois que l’on m’a parlé de ‘cantoche’, de ‘bahu’, de ‘tipex’… J’étais totalement larguée !

Il y avait aussi une méconnaissance de l’Afrique. On me demandait si je vivais dans une case, si j’avais l’eau, l’électricité. Il y avait cette image de l’Afrique de Kouchner avec un sac de riz sur le dos dans des pays ravagés par la famine. Et pas du tout l’image d’une Afrique qui pouvait être conquérante, moderne, où les gens vivent dans des immeubles”.