10 janvier 2018

Le coup de patte de Nadia Daam
Tribune du Monde : 100 femmes défendent le droit inaliénable à coller des mains au cul

Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel à 9h25.

On a les mobilisations qu’on mérite. Depuis lundi, les États-Unis bruissent du hashtag “Time’s up” qui a rassemblé les femmes et aussi les hommes d’Hollywood, mobilisés contre le harcèlement sexuel et les violences faites aux femmes. La soirée des Golden Globes y a presque entièrement été consacrée. Nicole Kidman, Barbra Streisand, Natalie Portman ont parlé d’une seule voix pour dire, “ça suffit” les producteurs qui se masturbent dans un ficus pendant un casting. Ca suffit l’impunité des harceleurs. Ça suffit Fast and Furious 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7. Ok, la dernière revendication est fausse, mais il faudra bien qu’on en parle un jour.

Donc, ça c’était lundi aux États-Unis. Quant à nous, en France, mardi, nous avons été gratifiés d’une tribune publiée dans le journal Le Monde, signée par 100 femmes, et sobrement titrée “Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle”.

Autrement dit, les Américains ont Oprah Winfrey, un hashtag contre le harcèlement, des débats sur la filmographie de Woody Allen. Nous, on a Elisabeth Levy, des défenseures du droit inaliénable à coller des mains au cul, et des débats sur les blagues de Tex des amours. Ce que l’on appelle “the french way of life” sans doute.

Pour ceux qui ne sont pas familiers d’Oprah Winfrey et d’Elisabeth Levy. Oprah Winfrey est une célébrité dans son pays, et on dit d’elle pourrait devenir la prochaine présidente des États-Unis. Elisabeth Levy est une célébrité chez son caviste, on dit d’elle des trucs que Nadia Daam ne peut pas répéter, sans tomber sous le coup de la loi.

Elisabeth Levy est donc l’une des signataires de cette tribune au côté de Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie ou Catherine Millet. Elles reprochent au hashtag #BalanceTonPorc d’avoir contraint des hommes à la démission. C’est rigolo, parce que c’est pile le jour où on a appris que le journaliste Frederic Hazia, accusé d’agression sexuelle était réintégré sur La Chaîne parlementaire. Elles reprochent aux féministes de confondre galanterie et agression machiste. Si un inconnu tient la porte à Nadia Daam avec son pénis, elle est à peu près sure de faire la différence.

Elles écrivent surtout, qu’une femme doit avoir le droit de “ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro” voire de l’envisager comme “l’expression d’une grande misère sexuelle”. Une fois qu’on a bien rigolé à imaginer Catherine Deneuve dans le RER C un lundi matin à 8h, on peut dire qu’il va falloir arrêter avec cette histoire de misère sexuelle qui autoriserait les hommes à confondre une barre de métro et une cuisse. Les femmes aussi ont des périodes de disette, c’est pas pour autant qu’on essaye de se faire féconder par des bornes de Vélib.

Rappelons tout de même que ces femmes ont parfaitement le droit d’écrire cette tribune et Le Monde de la publier, c’est aussi ça la pluralité des opinions. Notons juste que cette tribune a opportunément été publiée le jour de l’anniversaire de Simone de Beauvoir. Hâte d’être au 26 novembre, journée mondiale contre la chasse, et de lire une tribune sur le droit de confondre un promeneur avec une gallinette cendrée.