9 octobre 2018

7h45 - L'interview de Nikos Aliagas
Un an après #MeToo, Sandrine Rousseau rappelle que “beaucoup de femmes se taisent encore”

Sandrine Rousseau, l’une des accusatrices de l’écologiste Denis Baupin, considère qu’il reste encore beaucoup à faire pour que la parole des femmes victimes de violences sexuelles soit “entendue et respectée”.

INTERVIEW

Sandrine Rousseau fait partie de ces femmes qui ont osé dénoncer publiquement les violences sexuelles qu’elle avait subi. En mai 2016, avec d’autres élues d’Europe Ecologie-Les Verts, elle avait accusé le député Denis Baupin de harcèlement sexuel. Bien que la justice ait estimé que ces faits étaient pénalement répréhensibles, les faits étaient donc anciens, donc prescrits. 

Ouvrir le débat. Depuis, dans la foulée du mouvement #MeToo dont on fête le premier anniversaire cette semaine, “les choses ont sensiblement changé”, note Sandrine Rousseau au micro de Nikos Aliagas sur Europe 1, mardi matin. “Les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, et toutes les affaires qui ont suivi, ont permis de poser la question dans plein de foyers qui ne se la posaient pas. Il n’y avait pas d’interrogations autour de ce fléau”, souligne l’ancienne porte-parole d’EELV, qui a fondé l’association “Parler”.

Certes, le mouvement a permis de libérer la parole des femmes victimes d’agressions. “Mais encore beaucoup se taisent, ont peur. Je rencontre des femmes à l’association qui parlent pour la première fois. Depuis des dizaines d’années, elles cachaient un viol familial, par exemple”, indique-t-elle.

Condamner les agresseurs. Le mouvement, international et massif, a permis aux gouvernements de réfléchir à des mesures pour mieux protéger les femmes, et punir leurs agresseurs. Encore faut-il que cela soit appliqué, insiste Sandrine Rousseau. “L’urgence en France, c’est d’avancer sur la justice, pour qu’elle prenne beaucoup mieux en considération les violences sexuelles. Aujourd’hui, on est dans un déni de droit”, considère-t-elle. “Les hommes qui se comportent comme ça, qui sont une infime minorité, sont des délinquants, voire des criminels quand il s’agit de viol. Ces hommes-là doivent être condamnés.” 

“Une suspicion incompréhensible” contre les femmes. Le regard sur les dénonciations de violence sexuelle doit aussi changer. Car si la parole s’est “libérée”, elle n’est pas toujours justement “entendue et respectée”. “Il y a quelque chose de très particulier quand on parle de violences sexuelles, c’est qu’on s’interroge tout de suite sur la véracité de ce que disent les femmes. Quand on vous vole une voiture ou un sac à main dans la rue, personne ne met en doute le fait que ce soit vous qui soyez à l’origine de cela, même si vous portiez des talons. Personne ne vous dit : ‘Mais pourquoi tu as mis des talons ?'”, dénonce Sandrine Rousseau. “Dans les violences sexuelles, les projecteurs se braquent immédiatement sur les femmes, avec une suspicion totalement incompréhensible.”