20 mars 2019

7h45 - L'interview de Nikos Aliagas
“Un désert médical, c’est aussi un désert de services publics et privés”

Au micro de Nikos Aliagas, Jean Sibilia, président de la Conférence des Doyens des Facultés de médecine s’oppose à ce que l’on force les jeunes médecins à s’installer dans des déserts médicaux et plaide pour un retour des services publics et privés dans ces zones.

INTERVIEW

Faut-il forcer les jeunes médecins à s’installer dans des déserts médicaux ? “Non”, répond le représentant des patrons des facultés de médecine, Jean Sibilia, à l’une des nombreuses idées évoquées autour du débat sur la loi “ma santé 2022”, actuellement à l’Assemblée, pour lutter contre la pénurie de médecins dans certaines régions. Au micro de Nikos Aliagas mercredi, il plaide pour que l’on “redonne plus de vie” aux déserts médicaux.

Réhabiter les déserts médicaux.  “Il faut rappeler qu’un désert médical, ce n’est pas simplement un désert de santé”, lance Jean Sibilia. “C’est aussi un désert de services publics et privés, ce sont des zones déshabitées”, explique-t-il au micro d’Europe 1. “Il faut d’abord redonner du sens et de la vie à ces territoires ruraux et urbains. On ne va pas mettre que des médecins, il faut des services, réhabiter, refaire vivre”, plaide le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg.

“L’obligation n’est pas une bonne chose”. “Un patient a envie d’avoir une relation de confiance avec son médecin, comment le faire si on le force à s’installer dans une zone où il ne veut pas ?”, interroge l’universitaire. Et d’enchaîner :

“Les jeunes médecins font de longues études qui sont également compliquées, c’est dur d’être médecin. Et puis ils travaillent déjà pendant de nombreuses années comme interne pour rendre service aux services publics”, argumente-t-il. “Donc les forcer à s’installer dans un exercice qu’ils ne revendiquent pas n’est pas la solution. Mettons un peu de bienveillance dans les relations, surtout dans la santé, l’obligation n’est pas une bonne chose”.

Quant à savoir si l’on doit donner plus de pouvoir aux pharmaciens, pour en faire une parade aux déserts médicaux, Jean Sibilia, n’est pas contre : “Dans certaines régions, les pharmaciens peuvent déjà vacciner”. De là à leur permettre de délivrer certains médicaments pour de petites pathologies ? “Chacun son rôle dans les soins, mais on peut partager les choses”.