22 octobre 2020

Podcast Europe 1 Studio
Ep 14 : “Dix pour cent” saison 4, les secrets de fabrication avec les réalisateurs

SERIELAND ENTRETIEN – Des agents de stars, et des stars. C’est la recette du succès de “Dix pour cent”, dont la saison 4 vient de sortir. A cette occasion, les deux réalisateurs, Antoine Garceau et Marc Fitoussi dévoilent leurs secrets de fabrication au micro d’Eva Roque.

Ils ont un atout, la complémentarité. Ils ont plusieurs points communs, ils viennent tous deux du cinéma et aiment profondément leurs acteurs et actrices. Les réalisateurs Antoine Garceau et Marc Fitoussi ont élaboré ensemble la nouvelle saison de Dix pour cent, cette série qui met en scène le quotidien d’une agence d’acteurs. Et cette saison encore, ils ont pris un malin plaisir à mettre en scène une farandole de guests – Sigourney Weaver, Franck Dubosc, Charlotte Gainsbourg, Sandrine Kiberlain – dans des situations toujours plus amusantes. 

Dans SERIELAND, le podcast d’Europe 1 Studio par celles et ceux qui aiment les séries et les font, Eva Roque accorde un grand entretien aux réalisateurs. Comment se sont-ils repartis les épisodes de “Dix pour cent” ? Interviennent-ils dans l’écriture de la série ? Comment ont-ils convaincu l’actrice américaine Sigourney Weaver de tourner dans la série française ? Marc Fitoussi et Antoine Garceau vous racontent les secrets de fabrications de la série et vous en dit plus sur une éventuelle saison 5. 

 

(Transcription)

Marc Fitoussi : A moi de commenter ça. C’est vrai que c’est une séquence assez emblématique de cette nouvelle saison. Une séquence donc, avec Sigourney Weaver qui est l’une de nos guests, qui est la guest de l’épisode 5 de la saison 4 de “Dix pour cent”. Et moi, je rêvais de pouvoir faire une incursion dans la comédie musicale. Je dois vraiment cette séquence à deux scénaristes qui ont eu l’idée de l’écrire qui sont Edgar Grima et Jérôme Bruno. En fait, dans l’épisode, Sigourney Weaver débarque à Paris, persuadée qu’elle va tourner avec Gaspard Ulliel. Et en fait, elle a un peu mal lu. Son partenaire est censé être Bernard Verley, qui est beaucoup plus âgé. Et elle rêverait de pouvoir inverser les rôles. Donc, elle rencontre Bernard Verley. Et pour lui faire peur, elle décide de lui faire croire que désormais, dans le script, il va falloir danser, danser le lindy hop et donc, elle fait comme ça en direct devant lui une démonstration, ce qui a le mérite, évidemment, de l’effrayer. Et lui, évidemment, veut quitter le navire après ça. Mais pour moi, réalisateur, diriger Sigourney Weaver, déjà, c’était totalement dingue puisque voilà, elle a dit oui très rapidement. Moi, je lui ai envoyé un mail avec le scénario un peu penaud. On avait obtenu son mail par la chef costumière Catherine Leterrier, qui la connaissait bien. On lui propose le rôle. J’ai envoyé ce mail, il était 16h30, un dimanche. À 20 heures j’avais une réponse de Sigourney Weaver dans un français impeccable qui disait “Je veux faire la série, j’adore ‘Call my agent’ sur Netflix, etc.” Et derrière je me retrouve à la diriger alors qu’elle doit sous mes yeux danser. C’était assez dingue et c’était effectivement une sorte d’hommage aussi au cinéma américain, à travers elle et en même temps au cinéma américain qui déboule dans une série française. D’où La Marseillaise, interprétée par Claude Bolling. 

Eva Roque : Bonjour Marc Fitoussi !

Marc Fitoussi : Bonjour ! 

Eva Roque : Je m’appelle Eva, et j’aurais sans aucun doute rêvé d’écrire une scène de comédie musicale. Une scène qui arrive comme une sorte de parenthèse enchantée dans une série qui m’enchante depuis 2015, “Dix pour cent”. Quatre saisons, 24 épisodes et un casting de luxe. Des comédiennes et comédiens peu connus devenues des stars grâce à leur rôle d’agents artistiques, et puis des célébrités – de la chanson ou du cinéma – qui acceptent de venir le temps d’un épisode jouer leur propre rôle, en accentuant leur caractère capricieux, ou misanthrope, ou angoissé. Ou tout ça à la fois. Comment diriger cette troupe ? A quoi ressemble le travail d’un réalisateur sur Dix pour Cent ? Vous écoutez SERIELAND, début de réponse avec le réalisateur Marc Fitoussi. 

Nouvelle saison de “Dix pour cent”. 6 épisodes. Dont trois que vous réalisez. Les 3 autres sont signés Antoine Garceau que nous entendrons dans quelques minutes. Première question idiote, donc une réponse idiote est autorisée. Comment faites-vous pour décider qui va réaliser tel ou tel épisode ? Vous jouez à chifoumi ? 

Marc Fitoussi : On pourrait jouer à Chifoumi parfois parce qu’on a tous envie de diriger certains des guests qui vont débarquer, mais très franchement, on s’entend très, très bien avec Antoine et ça s’est jamais fait dans la douleur. Alors curieusement, moi, je me suis un peu spécialisé dans les guest féminines, mais peut être aussi parce que dans le cinéma que je peux faire j’ai souvent eu des héroïnes. J’avais déjà travaillé avec Isabelle Huppert avec Sandrine Kiberlain, donc un peu naturellement, quand elles viennent sur “Dix pour cent”, on pense à moi. Mais si bien qu’Antoine maintenant est devenu un peu le spécialiste des guests hommes. Il a eu l’année dernière Gérard Lanvin et cette fois ci, Franck Dubosc, José Garcia, Jean Reno. 

Eva Roque : Vous avez réalisé également des épisodes de la saison 3. Vous vous souvenez du jour où vous recevez le premier scénario ? 

Marc Fitoussi : Oui, c’est marrant, je m’en souviens très bien puisque j’étais au ski. J’ai reçu par mail ce scénario et je voyais la neige tomber. J’ai lu ce script et j’étais ravi. Je me disais que j’étais ultra chanceux de pouvoir participer enfin à cette série. Dominique Besnehard m’en avait parlé lors de la toute première saison, il m’avait dit qu’il pouvait penser à moi. Il a ensuite pensé évidemment à Cédric Klapisch, qui a coordonné cette première saison. Et puis finalement, moi, j’ai fait des films au cinéma et pour cette troisième saison, j’étais disponible. Donc, les producteurs, lui et aussi Aurélien Larger, Harold Valentin m’ont contacté. Moi, j’avais découvert cette saison en tant que spectateur et j’étais vraiment très, très fan. Donc, on me propose de participer. Je reçois enfin ce premier script et je me dis : “J’espère que je vais pouvoir, moi, réaliser cet épisode.” En l’occurrence, ce ne fut pas moi. Ce fut Antoine. C’était l’épisode pour Jean Dujardin. J’ai réalisé le suivant, qui était celui de Monica Bellucci, que j’ai adoré tourner. 

Eva Roque : J’ai cru comprendre que vous étiez déjà intervenu dans l’écriture de certains épisodes. Jusqu’à quel point vous pouvez intervenir ? Vous avez un exemple ? 

Marc Fitoussi : Sur “Dix pour cent”, j’ai toujours travaillé à partir de la première version déjà écrite. Je n’ai pas initié d’épisode. En l’occurrence, par exemple là sur cette saison pendant que je tournais et montais mon dernier long métrage, des scénaristes travaillaient sur cette saison. Et donc, ce n’est qu’une fois que j’ai terminé mon film que j’ai pu enfin découvrir les six versions qui nous ont été données à lire. Et ce qui est un peu compliqué sur “Dix pour cent”, c’est qu’on fait appel à des réalisateurs de cinéma et qui sont parfois aussi scénaristes, ce qui fut mon cas. Et donc, un peu naturellement, j’ai dit aux producteurs que pour me sentir totalement à l’aise dans la réalisation, j’avais aussi besoin de coécrire et donc d’y mettre un peu mon grain de sel. Donc, j’ai pu reprendre mes trois épisodes. Après concernant ce poste de showrunner je suis un peu embêté parce que je trouve que c’est quelque chose qui est encore un peu difficile à définir précisément. Un showrunner, par exemple, comme Eric Rochant sur le Bureau des légendes, c’est quelqu’un qui produit, qui écrit, qui réalise, qui monte, qui va même jusqu’à parfois retourner des séquences qui ont été réalisées par d’autres parce qu’il estime qu’elles ne respectent pas la série donc, il les reprend à son compte. Fanny Herrero, qui était sur la précédente saison était pour moi surtout une coordinatrice d’écriture, une des scénaristes principales de la saison. Mais il m’est pour moi, assez pénible et difficile d’avoir, disons, quelqu’un au dessus de moi au moment où je réalise. Les producteurs ont fait appel à moi parce que j’étais un réalisateur de cinéma et en tout cas, au cinéma je n’ai pas quelqu’un au dessus de moi comme ça qui va me dire quoi faire et comment faire. Donc, il y a souvent, forcément, des frictions entre des gens qui se disent showrunner et les réalisateurs qui sont recrutés parce qu’ils ont envie d’apporter leur regard à la série. 

Eva Roque : Est-ce qu’il y a une bible, un cahier des charges très précis de chaque épisode ?

Marc Fitoussi : Je suis arrivé sur la saison 3 et très honnêtement, je ne suis pas arrivé pour me dire ‘je vais tout changer’. C’est à dire que j’ai été recruté parce qu’on était certains que j’aimais la série et j’avais surtout envie qu’elle se prolonge et que finalement, ce cahier des charges qui n’est pas établi, n’est pas rédigé, soit quand même respecté. Je n’allais pas débarquer en disant “Bah moi, je vais tout filmer à l’épaule maintenant parce que c’est ma manière de filmer et que je trouve que ça va créer une sorte de renouveau”. C’était même assez intéressant, justement, de ne pas choisir mes techniciens. J’ai repris les gens qui avaient travaillé déjà sur les deux premières saisons. Donc, pour moi, c’est un peu un challenge parce que c’est vrai que je me retrouve à travailler avec des gens qui se connaissaient déjà entre eux. Mais surtout, je savais qu’ils avaient déjà auparavant très, très bien travaillé entre eux et donc, il me fallait finalement aussi un peu m’accorder. Cette gymnastique est intéressante. J’ai en tout cas beaucoup appris en tant que réalisateur de séries. 

Eva Roque : J’ai un aveu à vous faire, j’ai une préférence pour un des épisodes de cette saison. Celui que vous signez et qui met en scène Sandrine Kiberlain décidée à se lancer dans le stand-up. On est à quelques minutes de sa première. Elle est dans sa loge. Son agent interprété par Grégory Montel, débarque. On peut dire que Sandrine Kiberlain fait partie de vos actrices fétiches ? Vous connaissez son potentiel comique depuis longtemps ?

Marc Fitoussi : Pas complètement. Sandrine j’ai travaillé avec elle sur “Pauline Détective” elle est irrésistiblement drôle. Elle a, en plus de ça ce débit mitraillette. Cette cadence, cette musique pour la comédie, par exemple, je sais que c’est parce qu’on avait déjà travaillé ensemble que Sandrine pouvait se laisser tenter par la série. Moi, tout ce que j’ai dit à la production, c’est de sonder Sandrine d’abord de lui dire “Je pense que je vais retravailler sur cette nouvelle saison. Est ce que tu as envie d’en être ? On va réfléchir dès lors à un sujet pour toi. Mais est ce que ça t’amuserait si on se retrouve sur cette série ?”. Et elle m’a dit oui. Et donc derrière, il a fallu réfléchir à un sujet. J’ai laissé tranquille les scénaristes. 

Eva Roque : Est-ce qu’elle est vraiment tentée par le stand up …

Marc Fitoussi : Honnêtement, elle n’est pas du tout tentée par le stand up. Mais ce qui était drôle, c’était de se dire qu’on a une actrice qui a un peu un moment essayé la chanson. Donc, on peut dès lors s’imaginer qu’elle peut être comme ça une actrice pleine de lubies, qui se lasse de tout, qui a besoin de se réinventer. Et donc, pourquoi pas le stand up. En plus de ça on se rend compte effectivement aujourd’hui qu’un tas d’acteurs passent par le stand up où sont issus du stand up et ils deviennent “bankable” grâce à ça. Mais moi, ce qui m’amuse vraiment et ce qui a amusé Sandrine, c’est que non seulement elle veut s’essayer au stand up, mais elle va se révéler complètement nulle dans ce domaine. Et ça, par exemple, peut être que toutes les actrices ne sont pas prêtes à incarner ça, c’est à dire à se montrer sous leur vrai nom et à être non seulement pleines de lubies, mais en plus totalement nulles dans ce qu’elles entreprennent. 

Eva Roque : Qu’est ce que ça veut dire quand on parle de “direction d’actrices et d’acteurs” ? Est-ce qu’il y a une différence sur un plateau de cinéma et sur un tournage de série ?

Marc Fitoussi : Moi, je travaille exactement de la même manière et d’ailleurs quand j’ai rejoint “Dix pour cent” j’avais très peur de ne plus pouvoir travailler de la même manière. Ce qui a vraiment changé pour moi par rapport à au cinéma, c’est la rapidité de fabrication, c’est à dire que je faisais des films qui se tournaient entre 7 à 9 semaines. Là, soudain un épisode c’est 11 jours de tournage, donc, c’est un autre rythme, c’est apprendre à tourner avec deux caméras, etc. Mais je ne voulais surtout pas ne plus pouvoir diriger les acteurs. Diriger les acteurs, ça diffère selon l’acteur. Mais je pense que c’est surtout être diplomate, être encourageant. Après, il y a d’autres méthodes, c’est à dire qu’il y a des réalisateurs qui ont besoin de crier après leurs acteurs pour les faire jouer. Moi, je sais que j’ai besoin de les encourager, les aimer, les observer, de rire quand ils me font vraiment rire. Et c’est vrai que quand je suis devant mon combo (le retour vidéo) et que je vois Sandrine jouer ces scènes, je suis hilare. J’ai toujours, même sur “Dix pour cent”, pris le temps d’arriver à ce que je souhaitais obtenir de mes acteurs. Et quand bien même on a peu de temps, on a le droit de faire des prises. Et tant pis s’il faut faire des heures supplémentaires. Mes producteurs n’ont pas aimé, c’est vrai que je suis un peu connu pour en faire beaucoup, mais parce que je trouve que cette série et la qualité des textes méritent le fait qu’on s’applique et que surtout, tous ces acteurs, tous ces guests qui nous font l’honneur de venir soient au final récompensés et aiment se voir. Il m’est arrivé de faire jusqu’à 17 prises. Mais franchement je dis ça, ce n’est pas parce que dans les premières prises, ils ne sont pas bons, etc. Ce qu’il faut surtout souligner d’ailleurs sur “Dix pour cent”, c’est que là, on parle des guests avec Sandrine, par exemple, mais on a tous ces récurrents et ces récurrents sont hyper bons, c’est à dire que dès la première prise, ils sont ultra efficaces et ils visent juste. C’est ça qui m’a réellement épaté quand j’ai débarqué sur “Dix pour cent”. C’est que je me disais : “Ok, on a très peu de temps, mais si on a chaque fois besoin de la refaire et de la refaire, 11 jours ne suffiront pas.” Là, honnêtement, Laure Calamy, Nicolas Maury etc. c’est quand même des gens… Je pense qu’ils ont aussi la pression. La pression que moi je peux avoir à me dire qu’il va falloir tourner vite. Ils l’ont aussi et ils veulent être bons tout de suite. Donc, il y a beaucoup de travail en amont. On répète beaucoup, etc. 

Eva Roque : Vous avec dirigé Isabelle Huppert, dans un épisode hilarant de la saison 3. On la découvre incapable de dire non à un rôle et se retrouvant dans des situations rocambolesques pour assurer tous les tournages. Vous aviez déjà fait 2 films avec elle (Copacabana, La ritournelle). Vous l’avez facilement convaincue de venir faire “Dix pour cent” ? 

Marc Fitoussi : Pas du tout. C’est très compliqué de convaincre Isabelle. Je pense qu’Isabelle avait peur que l’on puisse figer son image à travers un épisode, c’est à dire de donner une seule chose à voir d’elle. Alors passer ça, ce qui est curieux, c’est que une fois qu’elle a dit oui, c’est elle qui a insisté pour qu’on aille encore plus loin dans l’image qu’on allait donner. Mais il fallait avec Isabelle trouver exactement, l’endroit où l’on pouvait s’amuser et jouer sur sa carrière, si remplie. Et le fait qu’elle soit contrainte comme ça de jongler entre plusieurs projets et à passer d’un tournage à un autre etc., c’était une idée qui lui plaisait beaucoup. Mais par exemple, c’est à elle qu’on doit une réplique dans l’épisode où elle débarque dans le bureau de Gabriel. Et elle s’étonne de ne pas voir de photos d’elle. Moi, par exemple, je n’osais pas écrire ça en me disant : “Elle va penser que je la crois narcissique, etc.” Isabelle s’amuse de ça et nous suggère cette réplique. 

Eva Roque : Il y a aussi Monica Bellucci dans cette saison 3. Est-ce que le fait que ces deux comédiennes acceptent de se moquer de leurs images à changer quelques chose dans la suite de “Dix pour cent” ? 

Marc Fitoussi : Oui, je le pense. Monica Bellucci, d’abord dans l’épisode 2, avait une telle autodérision. Elle m’a suggéré cet imperméable léopard Dolce Gabbana qu’elle porte et qu’en réalité, elle ne porte absolument pas dans la vraie vie. Mais elle m’a dit : “Voilà, les gens m’imagine comme ça. Autant y aller, quoi”. Et Isabelle, c’est pareil. Et ce que je viens de raconter le prouve. Elles ont eu tellement d’humour sur elles-mêmes et elles ont voulu tellement jouer avec ces clichés-là. Je pense que c’est parce que Isabelle Huppert et Monica Bellucci ont participé à la précédente saison que Sandrine Kiberlain a eu moins peur et s’est dit “On peut y aller et on peut n’avoir peur de rien.”. 

Eva Roque : Vous aimez les actrices ?

Marc Fitoussi : Moi, je les adore parce que je trouve qu’elles ont une fantaisie incroyable. Je suis obligé d’admettre que je travaille très peu avec des acteurs parce que j’ai l’impression que les actrices avec qui j’ai travaillé ne m’ont jamais dit : “Oula, j’ai peur du ridicule. Est-ce que tu crois qu’on peut aller jusque là ? Etc.” J’ai l’impression que les comédiens, font un peu plus attention à leur image. 

Eva Roque : Ce n’est pas ce qu’on aurait tendance à penser … 

Marc Fitoussi : Eh bien, c’est vrai, mais moi je trouve que les actrices savent jouer d’elles-mêmes. Après peut-être que je n’ai pas assez pratiqué les acteurs.

Eva Roque : Dans les 3 épisodes que vous signez, elles se moquent de leur condition d’actrices. Elles se moquent même de leur filmographie comme Charlotte Gainsbourg. Faut-il accepter un film parce qu’on est ami avec le réalisateur ? 

Marc Fitoussi : Je ne pense pas, surtout pas. C’est drôle parce que c’est un des deux épisodes qu’on a présenté hier à Cannes Séries, et on me disait que ce sujet là, arrive curieusement en saison 4 et n’avait jamais été abordé avant. Et c’est vrai que pourtant, avoir comme ça des talents qui s’engagent sur des projets pour de mauvaises raisons et derrière des agents qui doivent essayer de rafistoler tout ça, c’est un peu le quotidien, je crois, des agents. 

Eva Roque : Est-ce que vous avez un souvenir de casting plus marquant qu’un autre ? Ce jour, par exemple, où vous avez l’impression de découvrir un talent fou.  

Marc Fitoussi : J’avoue que là, sur le dernier film que j’ai fait, qui s’appelle Les apparences – c’est un film avec Benjamin Biolay, Karine Viard – et il me fallait trouver un acteur autrichien. Or, le cinéma autrichien à part Michael Haneke je ne connais pas grand chose. Et donc, il a fallu se lancer dans un casting. Et en plus, je ne parle pas l’allemand alors que c’était des séquences qui allaient être tournées en allemand. Je me retrouve à partir à Vienne pour trouver un acteur et je me dis : “Mais comment je vais pouvoir me dire c’est l’évidence, c’est lui quoi ?” Et en fait, ça a eu lieu, c’est à dire que je vois un tas de gars. Soudain, je vois apparaître un type et je me dis que c’est quand même délirant, je ne comprends même pas ce qu’il me dit parce que lui joue en allemand des répliques que j’avais créées en français qui avaient été derrière, traduites. Mais je me dis à l’image, c’est lui. Il y a cette intensité que je cherche. Il y a ce regard dont j’ai besoin. Et donc, c’est assez merveilleux, le casting. Après moi, j’avoue que je suis pas toujours très fan du casting parce que je trouve que l’on peut se révéler génial en essais. Et puis, soudain, perdre tous ses moyens quand on se retrouve sur un tournage entouré de techniciens qui vous observent. C’est toujours facile de jouer tout seul presque, face à une caméra. Et donc j’avais derrière très, très peur que ce gars que j’ai choisi, qui avait très peu joué avant, ne soit pas capable de donner autant au moment où il allait être face à Karine Viard. Heureusement, ça s’est très, très bien passé. Mais voilà, il y a parfois de mauvais rebondissements dans le choix d’un casting. 

Eva Roque : Il y a une spécificité avec “Dix pour cent”. Vous avez 2 types de scènes à tourner. Celle avec les stars. Et celle avec les agents qui, au fil des épisodes, ont formé une troupe. Y a-t-il une différence pour le réalisateur entre ces différentes types de scène ? Y-a-t-il plus de réactivité et d’improvisations possibles avec les rôles récurrents ? 

Marc Fitoussi : Non, mais ce qui est amusant sur cette série, c’est que très souvent, on fait un film au cinéma et on a comme ça des rôles secondaires qui débarquent pour quelques jours. Et là, en l’occurrence, ce sont les plus grandes stars qui viennent que pour quelques jours. Donc c’est un peu l’effet inverse. C’est à dire que c’est eux qui sont extrêmement intimidés de débarquer auprès de ces acteurs qui se connaissent entre eux, qui ont l’habitude de jouer ces scènes et c’est en ça, par exemple, qu’une Sigourney Weaver est extrêmement touchante. Elle avait vu Liliane (Arlette dans la série), Camille, sur les trois précédentes saisons et elle était toute timide de s’intégrer dans cette troupe, alors qu’on pourrait croire que c’était elle qui allait mener un petit peu la danse. Pour moi, non, ça ne change rien, après je dois être honnête, j’ai quand même très, très peur quand je sais que demain m’attend Sigourney Weaver ou Charlotte Gainsbourg. Je ne vais pas être aussi détendu que lorsque je retrouve justement ces acteurs récurrents que je vois tous les jours. Moi, je sais que je passe un grand oral. Enfin, y’a un truc parce qu’être metteur en scène, ce n’est pas seulement dire “j’aime, j’aime pas”, c’est aussi être convaincant dans mes suggestions. Et on parlait tout à l’heure de direction d’acteur, c’est aussi aller voir Sigourney prendre son courage à deux mains et lui dire : “Écoute, ça serait peut être intéressant d’aller dans cette direction là plutôt que celle-ci”. Mais bon, tout ça pour dire qu’elle me teste aussi, voilà. Mais en tout cas, je suis très content quand je sens qu’au bout de cette première journée, elle m’a crue et elle est allée dans mes directions et elle sent que je ne l’entraîne pas n’importe où.

Eva Roque : Pouvez-vous décrire la dernière scène du premier épisode ?

Marc Fitoussi : Laure a une robe qui la gratte qu’elle a eu à porter pendant la cérémonie des César et qu’elle décide de complètement quitter alors qu’elle est sur les quais au bord de la Seine. Et elle décide d’enlever sa robe, si bien qu’elle se retrouve intégralement nue dans la rue. Ce qui, évidemment surprend Matthias, qui s’empresse d’aller la recouvrir avec son par-dessus et qui l’embrasse. Et là, la caméra s’envole pour un panoramique, sur un bateau mouche qui longe la Seine. Avec Laure Calamy, on peut se permettre ce genre de séquence. Elle a une telle audace et d’ailleurs, elle l’a prouvé récemment, avec Antoinette dans les Cévennes, son dernier film à l’affiche. J’ai écrit cette séquence aussi parce que je savais qu’elle allait être interprétée par ces deux là. 

Eva Roque : Est-ce que la scène est conforme à ce que vous avez imaginé en amont ?

Marc Fitoussi : Complètement. C’est vraiment comme ça que cette séquence était storyboardée… 

Eva Roque : Elle était quasiment dessinée ? 

Marc Fitoussi : Elle n’était pas dessinée, mais en tout cas, dans ma tête, elle l’était. Je voulais que cette caméra ensuite s’échappe, les laisse sur ce baiser. “Dix pour cent” est quand même une série qui met en avant un Paris très idyllique. C’est aussi parce qu’on sait que c’est une série qui marche très fort à l’international et qu’on a envie aussi de gâter des spectateurs à l’étranger qui vont voir un peu de Paris. Donc, il y avait de ça. Et puis, je suis assez épaté par ce couple. Je parle de Thibault de Montalembert et Laure Calamy, donc Matthias et Noémie dans la série. Parce qu’en fait, je crois que quand la série a commencé, on ne s’attendait pas à ce qu’ils finissent ensemble. Et finalement, c’est un couple qui marche du tonnerre et qu’on aime voir ensemble malgré toutes ces péripéties. C’est un couple de cinéma d’où cette musique un peu hollywoodienne. Enfin, j’avais fait un peu la même chose sur la fin de la saison 3. On les voyait sur la place Vendôme. Je trouve qu’il y a une magie qui opère à chaque fois entre les deux. 

Eva Roque : La saison se conclut étrangement. Ca sent la fin mais pas totalement. Vous n’auriez pas un scoop pour SERIELAND ?  

Marc Fitoussi : Ce qui est drôle, c’est que là, on a présenté les deux premiers épisodes au Festival de Canneséries et on a fait que parler de ça. On était entre nous et on se disait qu’il faut qu’on recommence. Est ce que ce sera une saison 5 ? Est ce que ce sera un Christmas épisode ? En tous cas ce que je peux dire simplement c’est que tous ceux qui ont fait la série en ont très envie, et à commencer par les acteurs. J’aime bien l’idée de me dire que même s’il y a une suite, on va vraiment prendre le temps de digérer ce que nous avons fait et ce ne sera pas pour tout de suite. Il faut quand même savoir que pour les précédentes saisons, à peine la saison terminée, montée, les scénaristes étaient déjà sur l’écriture de la suivante. Là, ce n’est pas le cas. Personne ne travaille actuellement à l’écriture de “Dix pour cent”. Mais c’est intéressant de voir, comment les spectateurs vont juger cette saison et voir ce qu’ils ont aimé, ce qui va peut être aussi parfois les décevoir…. On veut pouvoir réajuster le tir en fonction des retours. 

Eva Roque : Vous m’avez fait une petite confidence hors micro, il n’y a plus de décor …. 

Marc Fitoussi : Il y a plus de décors mais “Dix pour cent” peut exister sans ASK, c’est à dire le nom de l’agence. Est-ce qu’on a besoin de ces locaux ? Est ce qu’on ne peut pas déménager ? Est ce qu’on ne peut pas s’implanter ailleurs ? Enfin, voilà, tout est possible. 

Eva Roque : Qu’est-ce que vous avez gardé du décor ? 

Marc Fitoussi : Moi, ce que j’ai gardé de ce décor, ce sont juste les cartes de visite des différents agents parce que je trouvais ça mignon. Je ne les distribue pas derrière, mais elles sont rangées dans mon bureau. 

Eva Roque : Imaginons qu’une saison 5 se fasse. Quelle star aimeriez-vous diriger ?

Marc Fitoussi : Je vais parler de mes envies. Ce sont des acteurs et surtout des actrices que j’aimerais voir dans “Dix pour cent” mais aussi dans mes films. Je pense par exemple à Catherine Deneuve, avec qui je n’ai jamais travaillé et j’adorerais l’avoir sur un plateau. Là on a fait une incursion à l’international avec Sigourney Weaver, mais je pense aussi, par exemple, à des actrices anglaises comme Helen Mirren. Et puis, c’est déjà pas mal on s’en tient là. 

Eva Roque : Vous aimeriez réaliser votre propre série ?

Marc Fitoussi : En tout cas, je travaille actuellement sur une série. Je commence tout juste donc je peux vraiment pas en parler parce que on est en réflexion. En tout cas, j’ai fait appel à des scénaristes que j’ai rencontrés grâce à “Dix pour cent”. Avant, j’avais même un peu peur de la série dans le sens où j’étais un peu accroché au cinéma. Mais je dois dire qu’aujourd’hui, on est un peu plus certains, finalement, de trouver du public avec les séries, que lorsqu’on sort un film puisque la situation fait que c’est très difficile aujourd’hui d’émerger au cinéma.

Et puis, je m’y suis fait. Enfin, je parle de la série. Je m’y suis fait, c’est à dire que j’ai appris cette gymnastique de tourner à deux caméras, de tourner plus vite, de finalement me rendre compte que j’arrivais à faire des choses qui me plaisent vraiment et qui sont exactement ce que je souhaitais faire à la télévision. Moi quand j’ai commencé dans les séries c’était en tant que scénariste et j’avais fait une école qui s’appelle le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle et qui me proposait une formation de scénariste. J’avais donc tenté de travailler en tant que scénariste pour la télévision, mais c’était toujours de la pâle copie de séries américaines. A l’époque, il y avait “X-files”, donc tout le monde cherchait à faire “X-files” à la française et c’était devenu une série avec Pascal Légitimus. Ce n’était pas très excitant. Aujourd’hui, la série en France, c’est franchement très, très excitant. 

Eva Roque : Vous avez un agent ? 

Marc Fitoussi : Bien sûr que j’ai un agent. Il prend 10% comme tous les agents, mais si je devais dire à qui il ressemble dans la série, il se rapprocherait de Grégory Montel, de Gabriel. C’est ce genre d’agent, c’est à dire très sympa, très doux et qui me conseille bien. 

Eva Roque : On peut imaginer les agents de comédiens mais quel est le travail d’un agent de réalisateur ? 

Marc Fitoussi : C’est d’abord un de nos premiers lecteurs, c’est à dire que moi, quand j’écris, je sais que j’ai besoin de son regard, de sa lecture. Donc en ça, il me conseille bien. Il sait dire ce qu’il faudrait écrire, ce qu’il faut repenser. Et puis, c’est forcément quelqu’un à qui je fais part de mes doutes. Par exemple, lorsque je prépare un film, je réfléchis au casting. Lui représente aussi bien des auteurs que des acteurs dont on pourrait penser, par exemple, qu’il ne me vend que ces acteurs à lui. Et bien pas du tout. C’est en cela que je trouve que c’est quelqu’un de bien, il sait m’aiguiller. Mais à la différence d’un acteur, je ne dépends pas de lui pour trouver du boulot. Je pense que là où c’est très compliqué pour un acteur, c’est que souvent ils pensent que c’est l’agent qui va leur trouver des rôles. D’où le fait qu’ils ne cessent de l’appeler en disant : “Trouve moi des rôles, etc.” Moi, franchement, je laisse tranquille, il me laisse tranquille. Je ne l’appelle que lorsque j’ai vraiment besoin d’un conseil. 

 

 

“SERIELAND” est un podcast Europe 1 studio

Autrice et présentation : Eva Roque

Réalisation : Christophe Pierrot

Cheffe de projet édito : Adèle Ponticelli

Diffusion et édition : Clémence Olivier, Magali Butault et Tristan Barraux

Graphisme : Karelle Villais

Direction d’Europe 1 Studio : Olivier Lendresse