07 Avril 2020

12h - 14h - La France Bouge - Raphaëlle Duchemin
Pendant Pessa’h, “il faut impérativement respecter le confinement”, prévient Haïm Korsia

Au micro d’Europe 1, le grand-rabbin de France Haïm Korsia appelle les juifs pratiquants à respecter le confinement pendant la fête de Pessa’h, qui commence mercredi soir. “Je conçois qu’il est difficile d’imaginer de passer la fête seul, mais on n’est jamais seul quand on vit les choses en même temps que tous les autres”, a-t-il déclaré.

INTERVIEW

En confinement depuis trois semaines pour tenter d’endiguer la propagation du Covid-19, les Français qui pratiquent une religion vont devoir célébrer leur foi sans pouvoir se retrouver dans les lieux de cultes ou avec leur famille. Dimanche, le pape célébrait seul dans une basilique Saint-Pierre déserte la messe des Rameaux. Invité d’Europe 1, le grand-rabbin de France Haïm Korsia a appelé les juifs pratiquants à ne pas s’exempter des règles du confinement pour célébrer Pessa’h, fête importante du judaïsme qui rappelle l’Exode des juifs hors d’Égypte. 

“Le temps qui est le nôtre est celui du confinement et de la protection”

“La règle du confinement s’impose, et ne doit pas être levée (…) Le risque est toujours présent et je crois qu’à l’orée de ces fêtes, il faut qu’on résiste à la tentation de se regrouper par famille comme la tradition dans le judaïsme le propose”, a commencé Haïm Korsia. “Cette tradition, c’est en temps normal”.

“Mais le temps qui est le nôtre maintenant est celui du confinement et de la protection”, a-t-il poursuivi au micro d’Europe 1, trouvant paradoxal ceux qui avaient la tentation de se regrouper pendant les fêtes. “Parce que ce serait prendre un risque pour les personnes qu’on aime le plus, c’est-à-dire nos familles”.

Se protéger par le confinement, “un impératif religieux”
 

“Je trouve qu’il y a un devoir de se protéger et de protéger les autres, de protéger l’ensemble de la société”, a poursuivi Haïm Korsia, affirmant que cet impératif était un “impératif religieux”. “Il rencontre aussi les demandes du gouvernement, un impératif républicain, donc il faut impérativement respecter le confinement”. 

Célébrer Pessa’h en période de confinement est très symbolique, poursuit le grand rabbin de France. “Parce que la sortie de l’Égypte, que rappelle la fête de Pessa’h dans le judaïsme, c’est un enfermement qui annonce la libération. Nous sommes enfermés, nous célébrons Pessa’h, et ça annoncera la prochaine délivrance, la prochaine libération”, explique Haïm Korsia, qui conçoit “qu’il est difficile d’imaginer de passer la fête seul”.
 

“Vivre Pessa’h comme jamais aucune génération ne l’a vécue”

“Mais on n’est jamais seul quand on vit les choses en même temps que tous les autres”, affirme-t-il. “Il y a cette force du sentiment de partage de ce que nous vivons et cette certitude qu’on vivra réellement cette libération à la fin du confinement”. Car, si on s’en tient aux textes religieux, l’utilisation d’appareils électroniques pour passer des appels ou pour célébrer Pessa’h via visioconférence avec sa famille est interdite.

“Il faut avoir la force de chercher en soi cet élan pour vivre la fête de manière pleine et entière. Chacun le fera comme il l’entend, mais je crois qu’il y a quelque chose de fort de le vivre dans cet enfermement (…) J’ai le sentiment que vivre ce moment, c’est le vivre comme jamais aucune génération ne l’a vécu”, répond Haïm Korsia.