13 novembre 2020

Podcast Europe 1 Studio
Santé mentale : le coronavirus va-t-il nous rendre fous ?

Un virus, un confinement, un déconfinement, un reconfinement… Côté moral, nous avons été sérieusement secoués cette année. Dans le neuvième épisode du podcast “Les Éclaireurs”, Matthieu Belliard prend le temps d’interroger le psychiatre Nicolas Franck sur les effets de cette pandémie sur notre santé mentale. Il nous explique quels sont les facteurs qui fragilisent certains plus que d’autres et met en danger sur les dangers à long terme.

2020, année de la déprime ? Avec la pandémie de coronavirus, le confinement, le déconfinement et le reconfinement qui ont suivi, notre moral a été et est encore mis à rude épreuve. Nous avons été soumis au stress, à la peur, à la sidération mais aussi parfois, pour certains, à l’épuisement. Mais de quel type de stress parle-t-on ? Comment ce stress peut-il se transformer en trouble mental ? Quels en sont les symptômes ? Quelles sont les personnes qui ont été les plus sensibles à la situation ? Et comment faire pour surmonter cette épreuve ? 

Dans le neuvième épisode du podcast “Les Éclaireurs”, Matthieu Belliard prend une nouvelle fois le temps d’écouter le monde changer. Avec son invité, le psychiatre Nicolas Franck, chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier à Bron, responsable d’enseignement à l’université Claude Bernard à Lyon et auteur de l’ouvrage “Covid-19 et détresse psychologique – 2020, l’odyssée du confinement” (Editions Broché), le présentateur de la matinale d’Europe 1 s’interroge sur les conséquences du confinement sur notre santé mentale. Et invite à s’ouvrir aux autres, à se reconnecter les uns aux autres pour envisager le monde d’après.
 

Trois idées à retenir pour prendre le temps d’écouter le monde changer

Le confinement a fait de nous des “petits oiseaux” (à écouter à partir 4’27). En situation de stress, nous nous retrouvons tel un petit oiseau face à un serpent qui attaque, compare Nicolas Franck. “Soit l’individu est sidéré et il ne sait pas comment réagir. C’est un petit peu ce qui nous est arrivé. Soit il donne un coup de bec, il combat face à la nouveauté, face au danger”, explique Nicolas Franck. “Sauf que là, il n’y avait pas de combat possible puisque la situation était sans solution immédiate. Il n’y avait que la possibilité de rester sur place et d’attendre, donc d’être sidéré et finalement, ça ne nous a pas laissé d’alternative”.
 

Tristesse et peur, les deux émotions à surveiller (à écouter à partir de 5’31). Toujours selon le psychiatre, certains symptômes peuvent nous alerter sur la fragilité de notre santé mentale. “Le trouble peut apparaître sous la forme de contrariétés, d’irritabilité, de rumination, le sentiment qu’on ne va pas s’en sortir, d’impossibilité à se projeter dans l’avenir, de tension mentale ou physique”, énumère Nicolas Franck. “Et puis, petit à petit, ça peut se constituer sous la forme d’un trouble anxieux. Ça veut dire que la personne va vraiment être débordée dans la durée par l’émotion de peur qui dépasse le danger réel. Ou alors la personne va développer une dépression. Et là, c’est plutôt la tristesse, l’incapacité qui domine. La personne va être figée. Elle ne pourra plus prendre d’initiative, elle va être envahie par une impossibilité généralisée”. 

Parler de “guerre” est contre-productif (à écouter à partir 18’27). Pour le psychiatre, utiliser le champ lexical de la guerre pour évoquer notre situation comme l’ont fait plusieurs responsables politiques n’est pas opportun. “C’est stressant. Je trouve que le vocabulaire médical serait plus adapté parce que la guerre est faite par un ennemi identifié qui est à peu près de même nature que nous. Il y a deux protagonistes, l’un en face de l’autre. Parler de guerre alors que l’on combat un ennemi invisible, tout petit, je trouve que ce n’est pas forcément la meilleure idée.”

“Les Éclaireurs” est un podcast Europe 1 studio

Présentation : Matthieu Belliard

Programmation : Juliette Bergé

Réalisation : Jean Lénaff (avec Xavier Jolly)

Cheffe de projet édito : Fannie Rascle

Diffusion et édition : Clémence Olivier

Graphisme : Karelle Villais

Direction d’Europe 1 Studio : Olivier Lendresse